Un cri d'alarme pour les droits humains
par: Curtis E. Hinkle
2001
Ce qui suit arrive tous les jours dans les hôpitaux partout dans le monde. Une jeune femme accouche d'un enfant qui est tout à fait en bonne santé.
Le médecin jette un coup d'oeil entre les jambes de l'enfant et hésite à faire part de la bonne nouvelle qu'attend toute mère. Il se tourne vers les autres dans la salle et fronce les sourcils. Personne dans la salle ne peut spécifier le sexe de l'enfant.
Pourquoi? C'est évident que l'enfant est intersexué, mais personne ne dit rien devant la mère car il n'y a que deux possibilités ; garçon ou fille.
Même si la nature n'est pas en accord avec cette division arbitraire en deux sexes, les spécialistes en médecine et la société feront tout pour sauvegarder le mythe que nous sommes tous mâle ou femelle.
Pour ce faire les spécialistes mutilent l'enfant et lui enlèvent le clitoris qu'ils trouvent trop grand pour résultat que l’enfant ne saura jamais jouir d'une sexualité comme les autres. La sensation et la possibilité de l'orgasme seront réduits ou tout à fait impossibles désormais.
Les parents, en accord avec les avis des spécialistes, vont élever l'enfant comme fille, mais lui ne se sentira jamais comme une fille. La mutilation a oblitéré à jamais sa possibilité d’être un homme. Il se sent isolé et sait qu'il est différent, mais personne n'ose lui dire la vérité.
Pendant son enfance en tant que fille, il est souvent abusé sexuellement mais il a peur de parler aux autres pour dénoncer ses abuseurs parce qu’il a trop honte et parce qu'il comprend à quel point sa différence est inacceptable. Il se laisse faire en silence, envahi par la honte de son corps et de son secret.
Plus tard, son employeur le traite d'une façon humiliante et discriminatoire. Quand il fait une accusation à l'agence fédérale qui a juridiction dans les cas de discrimination sexuelle il découvre que seul les hommes et les femmes sont protégés par les lois. Sa discrimination n’est pas basée sur le fait d'être un homme ou une femme mais sur celui qu'il est ni l'un ni l'autre. Encore une fois il est réduit au silence.
S-I-L-E-N-C-E! Assourdissant. Réduit au silence à sa naissance et mutilé pour correspondre à l'un des deux sexes dits officiels que le médecin aura trouvé le plus approprié. Réduit au silence par ses abuseurs parce qu'il a trop honte de les dénoncer. Réduit au silence par ceux qui devraient l'aimer parce que les médecins spécialistes leur ont recommandé de ne jamais lui parler de son intersexualité. Réduit au silence par ses collègues de travail qui ne font pas de place à quelqu'un qui est entre les deux sexes. Réduit au silence par la loi qui ne reconnaît pas son existence.
Telle est la situation critique de millions d'intersexués partout dans le monde. Est-ce qu'on ne devrait pas accorder les mêmes droits humains aux intersexués que l’on accorde aux autres?
Quels sont les droits humains accordés à presque tous les citoyens des pays qui sont signataires de la Déclaration Universelle des Droits Humains?
Ce qui suit est une liste de quelques-uns de ces droits:
• Article premier
Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.
• Article 2
Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamées dans la présente déclaration sans distinction aucune notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d'opinion politique ou de toute autre opinion. D'origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation.
• Article 5
Nul ne sera soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.
• Article 6
Chacun a le droit à la reconnaissance en tous lieux de sa personnalité juridique.
• Article 7
Tous sont égaux devant la loi et ont droit sans distinction à une égale protection de la loi. Tous ont droit à une protection égale contre toute discrimination qui violerait la présente Déclaration et contre toute provocation à une telle discrimination.
• Article 16
A partir de l'âge nubile, l'homme et la femme sans aucune restriction quant à la race, la nationalité ou la religion ont le droit de se marier et de fonder une famille. Ils ont des droits égaux au regard du mariage, durant le mariage et lors de sa dissolution.
Est-ce qu'on traite les intersexués avec dignité? Sommes-nous égaux devant la loi? Est-ce que nous sommes traités comme humains à part entière? Non! Osons dire la vérité. Brisons le silence!
"Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits." Les enfants intersexués ne sont pas traités avec dignité. Leurs droits sont violés par la chirurgie purement esthétique qui mutile leurs corps seulement pour rendre les autres plus confortables, tout en enlevant la capacité de jouir d’une vie sexuelle satisfaisante. Leur sensibilité ne compte pas. Le fait de rendre possible la pénétration d’un pénis plus tard est plus important que leur dignité, de leur consentement ou de la possibilité de pouvoir ressentir un orgasme.
Il est devenu routinier dans les hôpitaux modernes de construire des vagins artificiels aux enfants que l’on assigne comme fille sans qu’ils soient questionnés sur leur identité sexuelle. Ses parents seront aussi obligés de dilater quotidiennement son petit vagin, ce qui lui semblera comme un abus sexuel de la part de ses parents. Souvent on utilise une partie du colon pour construire ce vagin, ce qui peut mener à des complications alors que généralement une seconde opération sera nécessaire à la puberté pour l’agrandir afin qu’une pénétration soit possible.
Au lieu de reconnaître notre sexe comme intersexe nous sommes traités d’une manière inhumaine. On est accablé par le silence qu’on nous impose et si nous osons dire la vérité, on nous dit que nous avons une condition médicale et qu’on doit se faire traiter. Les hommes, comment ils se sentiraient si on leur disait que d’être un homme était une maladie et qu’ils devraient se faire castrer par un chirurgien qui lui enlèvera aussi ses parties les plus sensibles? Les experts médicaux pourraient aussi se vanter qu’on ne pourrait même pas deviner que cette personne était un homme né avec un pénis. Et comment se sentiraient les femmes si les seules photos que l’on verrait d’elles étaient dans des documents médicaux avec les visages noircis pour les rendre invisibles, anonymes.
Traités comme des monstres pathologiques, nous avons étés humiliés, marginalisés, classés comme défectueux. Nous sommes là pour écouter et jamais parler. Nous n’avons pas les droits humains les plus fondamentaux. Nous n’avons pas de voix, nous ne pouvons vivre ouvertement dans notre société. Nous sommes traités sans dignité.
"Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamées dans la présente déclaration sans aucunes distinctions notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d'opinion politique ou de toute autre opinion d'origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation." Ce n’est pas vrai, si notre sexe est intersexe. Nous n’avons pas le droit de nous marier avec une personne considérée comme notre sexe opposé. Nous n’avons pas le droit à certains soins médicaux. Essayez de trouver un assureur qui paierait des soins gynécologiques à un “homme qui a un utérus?”
"Nul ne sera soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels inhumains ou dégradants." Des mastectomies forcées des femmes ne seraient-elles pas un traitement dégradant? L’ablation du clitoris ne serait-elle pas cruelle, inhumaine? C’est la même chose chez des intersexués?
"Tous sont égaux devant la loi et ont droit sans distinction à une égale protection de la loi. Tous ont droit à une protection égale contre toute discrimination qui violerait la présente déclaration et contre toute provocation à une telle discrimination." L’enquêteur de l’agence fédérale qui met en vigueur les lois contre la discrimination m’a dit que la discrimination à mon égard qui était très sérieuse et qui avait abouti par une dépression nerveuse n’était pas couverte pas la loi. Les lois protègent les hommes et les femmes seulement. Je trouve que c’est une violation des droits de l’homme et du quatorzième amendement de la Constitution des E. U.
"A partir de l'âge nubile l'homme et la femme sans aucune restriction quant à la race, la nationalité ou la religion ont le droit de se marier et de fonder une famille. Ils ont des droits égaux au regard du mariage, durant le mariage et lors de sa dissolution." Très souvent les intersexués sont privés de ce droit parce qu’un chirurgien aura décidé de son sexe. Il devient adulte et se rend compte qu’il doit se marier avec un homme ou personne.