


Français English Castellano Nederlands
Conférence
Où: Centre Communautaire des Gays et Lesbiennes de Montréal, 2075, rue Plessis. Salle 130
Quand: jeudi, le 28 juillet 2005 à 18 hrs.
Au-delà des mouvements identitaires:
l'Intersexuation de la théorie queer
OII remercie Sara Edenheim de l’Université de Lund, spécialiste des questions juridiques sur l’intersexualité en Suède, pour tout ce qu’elle a fait pour nous aider à préparer cette conférence.
I. Le traitement des intersexués (hermaphrodites) est un symbole révélateur des mesures prises par les autorités pour maintenir une hégémonie hétéronormative (hétérosexualité obligatoire) dans nos sociétés.
A. La taxonomie des hermaphrodites qui nous divise en deux catégories - hermaphrodites vrais et pseudos - découle d'une tentative désespérée pour effacer notre existence.
B. En choisissant seulement les gonades comme le seul signe du "vrai" sexe d'une personne, la plupart des personnes précédemment connues comme
hermaphrodites était soudainement pseudo-hermaphrodites. Ainsi s'est maintenu le système binaire.
C. Le traitement actuel des enfants intersexués consiste à rendre leurs corps "convenables" pour le coït hétérosexuel par des interventions chirurgicales, c'est-à-dire des mutilations, ce qui renforce la hiérarchie hétérosexiste.
II. Le plus grand défi des personnes nées avec une condition intersexuelle est la division arbitraire de sexe et du genre dans deux catégories.
A. Il n'y a pas seulement deux catégories de sexe préexistantes. On accepte souvent que le genre est une construction sociale mais l'étude des intersexués révèle que le sexe est aussi une construction sociale. De plus en plus, on se rend compte qu'il y a des parties du corps autre que le système de reproduction qui sont "sexuées" -- des gènes, le cerveau, même les doigts.
B. Le problème est que chaque fois que nous découvrons une différence, nous la nommons invariablement dans un système arbitraire binaire de mâle/femelle, malgré l'évidence d'étapes intermédiaires et un vaste éventail de possibilités de combinaisons de toutes "les parties" entre elles.
C. Au fur et mesure que la science moderne découvrira de plus en plus de parties du corps désignées comme mâle ou femelle, on se rendra compte de l'absurdité de la supposition que chaque personne est mâle ou femelle.
III. Pourquoi a-t-on besoin de répartir toutes les personnes dans ces deux catégories?
A. Même s'il était absolument nécessaire de diviser les personnes dans ces deux catégories, on devrait se demander à qui revient le droit de déterminer le sexe d'un enfant intersexué. N'est-il pas plus raisonnable de demander à la personne elle-même?
B. A vrai dire, pourquoi demander seulement aux enfants nés avec une condition intersexuelle, plutôt qu'à chaque personne?
IV. L'intersexualité n'est pas seulement une question intersexuelle. Il s'agit d'une question relevant des droits de l'homme : tout le monde est affecté par cette logique de mutilation et pas seulement les personnes que les professionnels désignent comme étant de sexe "ambigu".
V. Devons-nous définir l'intersexualité seulement comme une "ambiguïté" sexuelle physique déterminée par les médecins?
A. Si on accepte une telle définition, on ne fait que créer une autre identité "statique" déterminée par les professionnels qui sont déjà partie intégrante du
système hétérosexiste qui prédomine dans nos sociétés.
B. L'Intersexe doit être une autre option -- une autre façon d'être et une possibilité pour n'importe qui. De même que nous n'avons pas vraiment une définition claire et "statique" pour ce qu'est une femme ou un homme, on ne peut jamais s'attendre à trouver une définition exacte de ce qu'est une personne intersexe.
C. Beaucoup de personnes dans la communauté intersexuée revendiquent le droit
de s'identifier comme homme ou femme sans égard à leurs organes génitaux. Si nous, nous revendiquons ce droit, pourquoi croire que c'est un droit qu'on devrait accorder seulement à une petite minorité et pas à tout le monde?
VI. L'Organisation Internationale des Intersexués s'opposent à toute classification de l'intersexualité comme une condition pathologique. Nous ne sommes pas malades parce que nous sommes intersexes.
A. Définir l'intersexualité comme une pathologie médicale est un piège très dangereux pour les interesexes car cela laisse entendre qu'on devrait le traiter et le "guérir." Etre intersexe est une autre possibilité existentielle et une manière parmi d'autre pour la déconstruction du système binaire qui nous opprime tous.
B. On souhaite la bienvenue à tous ceux qui s'identifient comme intersexes et ceux qui ont une autre identité de venir faire cause commune avec nous dans notre lutte pour les droits de l'homme.
VII. Ce qui est important, c'est que nous soyons des "personnes" avant tout, que nous établissions des rapports avec d'autres en tant que "personnes" et que nous accueillions la diversité comme partie intégrale du monde naturel.
Lecture
Where: Montreal Gay and Lesbian Community Centre
at 2075, Plessis Street. Room 130
When: Thursday, July 28, 2005 at 7:00 p.m.
Beyond Identity Politics: Intersexing queer theory
OII thanks Prof. Sara Edenheim from Lund University, a specialist in intersex law in Sweden, for her help and support in preparing this lecture.
I. The treatment of intersex (hermaphrodites) is a very striking symbol of what measures society has taken to maintain a heteronormative hegemony (compulsory heterosexuality) within our societies.
A. The very taxonomy concerning hermaphrodites which divides us into true and pseudo-hermaphrodites reflects the desperate attempt to erase our existence.
B. By choosing only the gonads as the one sign of a person’s true sex, most all people previously known as hermaphrodites were suddenly pseudo-hermaphrodites, thereby safeguarding the binary construct of sex.
C. The current treatment of mutilating bodies so as to make those bodies “fit” for heterosexual intercourse further perpetuates this heterosexist agenda.
II. The most challenging problem that intersex people face is the arbitrary division of sex and gender into two categories.
A. There are not just two preexisting categories of sex. People often accept that gender is socially constructed but the study of intersex reveals that sex is socially constructed as well. More and more parts of the body are being “sexed” -- many different genes, the brain, even finger patterns.
B. The problem is that each time we come up with a difference, we consistently name it within an arbitrary binary system as male/female, even though we can readily see that there are many instances in between and a myriad of combinations
of all the different “parts” are possible.
C. As modern science discovers more and more parts of the body which it names
as male or female, we will begin to see even more clearly how absurd it is to
assume that people are either male or female.
III. Why do we need to divide people into these two categories at all?
A. Even if it were absolutely necessary to divide people into just two sex categories, who should have the right to determine which category an intersex person belongs in? Does it not make more sense to ask the intersex person?
B. For that matter, does it not make sense to ask not just the intersex person but all people?
IV. Intersexuality is not just an intersex issue. It is a human rights issue and it affects all of us because we are all mutilated in such a system, not just those of us born with bodies that professionals see as atypical sex.
V. Should we define intersex as only those with atypical sex?
A. In so doing we are simply creating another “fixed” identity to be determined by the professionals already controlling the heteronormative hegemony which is prevalent.
B. Intersex should be another option as a way to be and one that anyone could be. Just as we really don’t have a clearly ‘fixed” definition of what a man is or what a woman is, how can we ever expect to define once and for all what intersex is.
C. Many people in the intersex community demand that we be allowed to identify as men or women without regard to our genitalia. If this is our right, then why shouldn’t others have the same right, including the right to identify as intersex?
VI. OII is opposed to classifying intersex as a pathological condition. We are not sick because we are intersex.
A. To define intersex as only a medical category is self-defeating for intersex because it implies it needs to be cured. Why does it need to be cured? Intersex is just one of the many options of deconstructing the current binary system which is
oppressing us all. We welcome all those who identify as intersex to join us and people who do not identify as such to join us in our struggle for full human rights.
VII. What is important is that we be “people” and relate to others as people and welcome the diversity which is an integral part of the natural world.
Conferencia
Donde: Centro comunitario de gays y lesbianas de Montreal 2075,
calle Plessis. Cuarto 130
Cuando: jueves, el 28 de Julio 2005
en francés: 18 h.
en ingles: 19 h.
Más allá de los movimientos identitarios:
Intersexualizando la teoría queer
OII da las gracias a la profesora Sara Edenheim de la Universidad de Lund, especialista de la ley sobre la intersexualidad en Suecia, por su ayuda y apoyo durante la preparación de esta conferencia.
I. El tratamiento de los intersexuales (hermafroditas) es un símbolo muy alarmante de las medidas tomadas por la sociedad para mantener una hegemonía heteronormada (donde la heterosexualidad es la norma) dentro de nuestras sociedades.
A. La clasificación de los hermafroditas que nos divide en hermafroditas
"verdaderos" y "seudos" refleja la tentativa desesperada por borrar nuestra
existencia.
B. Al escoger solamente las gónadas como la señal del sexo verdadero de una persona, casi todas las personas previamente clasificadas como hermafroditas eran repentinamente hermafroditas seudos, y de esta manera la construcción binaria del
sexo se mantuvo.
C. El tratamiento actual que incluye la mutilación de los genitales para que sean "aptos" para el coito heterosexual perpetúa todavía este sistema heterosexista.
II. El problema más desafiante para las personas intersexuales es la división arbitrario del sexo y el género solamente en dos categorías.
A. No hay solamente dos categorías preexistentes del sexo. La gente a menudo acepta que el género es una construcción social pero el estudio de los intersexuales revela que el sexo también es una construcción social. Cada día, los científicos descubren otras partes del cuerpo que son "sexuadas"-- muchos genes diferentes, el cerebro, incluso los dedos.
B. El problema es que cada vez que descubren una diferencia, la denominan dentro del sistema binario arbitrario como varón o hembra, aunque pueden ver claramente que hay muchos casos intermedios de cada parte en cuestión y una
posibilidad innumerable de combinaciones de todas las "partes" diferentes entre ellas.
C. Al descubrir más y más partes del cuerpo que los científicos denominan como varón o hembra, comenzaremos a ver aún más claramente lo absurdo de asumir que cada persona es o varón o hembra.
III. ¿Por qué necesitamos dividir gente en estas dos categorías?
A. Y si es absolutamente necesario dividir a gente solamente dos categorías de sexo, ¿quién tiene el derecho de determinar a que categoría una persona intersexual pertenece? ¿No parece más razonable preguntarle a la persona
intersexual?
B. Al respecto, ¿no parece más razonable de preguntarle a cada persona y no solamente a los intersexuales?
IV. La intersexualidad no es solamente un asunto intersexual. Es un asunto de los derechos humanos y afecta a todos nosotros porque todos somos mutilados en tal sistema, no solamente los que nacimos en condición intersexual.
V. ¿Debemos definir la intersexualidad sólo como un sexo atípico determinado por los médicos?
A. Al hacer eso, creamos simplemente otra identidad "fija" determinada por los profesionales que ya de por sí controlan la hegemonía heteronormada, la cual predomina.
B. La intersexualidad debe ser otra opción más, una manera de ser y una que cualquiera podría vivir. Así como nosotros realmente no tenemos una definición claramente "fija" de lo que es un hombre o de lo que es una mujer, ¿cómo podemos esperar alguna vez definir para siempre lo que es "intersexual”?
C. Muchas personas de la comunidad intersexual reclaman el derecho de identificarse como hombre o mujer sin tomar en cuenta los órganos genitales. ¿Si esto es nuestro derecho, entonces por qué otros no deben tener el mismo derecho,
incluso el derecho de identificarse como intersexual?
VI. OII se opone a toda clasificación de la intersexualidad como una condición patológica. Nosotros no estamos enfermos por ser intersexuales.
A. Definir intersexualidad sólo como una categoría médica es una trampa
peligrosa para los intersexuales porque implica que necesitamos tratamientos médicos y que la condición puede curarse. ¿Por qué necesitar ser curados? Ser Intersexual es una de las varias opciones para deconstruir el sistema binario actual que nos oprime todos. Damos la bienvenida a todos los que se identifican como intersexuales para unírsenos y a la gente que no se identifica como tal para unirse a nuestra lucha por derechos humanos completos.
VII. Lo importante es que somos "personas" que relacionemos a otros como personas y que aceptemos la diversidad que es parte integrante del mundo natural.
Conferentie
Waar: Montreal, Canada
Centre Communautaire des gays et lesbiennes de Montréal
2075, Plessis Straat. kamer 130
Wanneer: 28 juli 2005
Op frans: 18 uur
Op engels 19 uur
De identiteits politiek voorbij
Queer theorie geïntersekst
I. De behandeling van intersex (hermafrodieten) is een veelzeggend voorbeeld van de maatregelen die de maatschappij heeft genomen om de heterenormatieve hegemonie (verplichte heteroseksualiteit) te handhaven.
A. De indeling van hermafrodieten die ons verdeelt in echte, en pseudo-hermafrodieten is een tekende reflectie van de wanhopige poging ons bestaan te wissen.
B. Door uit te gaan van de geslachtsklieren bij de toewijzing van de werkelijke sekse van een persoon, werden veel mensen die eerder onder de categorie hermafrodieten vielen, opeens ingedeeld als pseudo-hermafrodieten. Hierdoor kon
de binaire sekse-indeling gewaarborgd blijven.
C. De huidige behandelingsmethoden die het lichaam verminken zodat het lichaam "geschikt" wordt voor heteroseksuele gemeenschap is een verdere stap/...
op de heterosexistische politiek in stand te houden.
II. De grootste uitdaging waar intersex mensen zichzelf voor gesteld zien, is de willekeurige indeling van sekse en gender in twee categorieën
A. Er zijn niet slechts twee preëxistente sekse-categorieën. Mensen accepteren vaak dat gende een sociaal construct is, maar studies op het gebied van intersex toont aan dat sekse ook een sociale constructie is. Steeds meer delen van het lichaam worden "gesekst"--veel verschillende genen, de hersenen, zelfs vingerlengte.
B. Het probleem is, dat zodra er een verschil gevonden wordt, het in het bestaande willekeurige binaire systeem van mannelijk/vrouwelijk gepropt wordt, en volgens
dit systeem genaamd wordt. Zelfs wanneer het duidelijk is dat er veelvoorkomende variaties en combinaties bestaan van alle verschillende "delen".
C. Hoe meer de wetenschap ontdekt over steeds meer onderdelen van het lichaam
en het als mannelijk of vrouwelijk classificeert, hoe duidelijker het wordt dat de vooronderstelling dat mensen óf man óf vrouw zijn, absurd is.
III. Waarom hebben we het nodig om mensen in deze twee categorieën in te delen?
A. Zelfs als het absoluut noodzakelijk zou zijn om mensen in te delen in maar twee sekse-categorieën, wie heeft dan het recht om te beslissen in welke categorie een interseks-persoon 'hoort'? Zou het niet logischer zijn dit te vragen aan de interseks-persoon zelf?
B. Wat dat betreft, is het niet logischer deze vraag aan iedereen te stellen, en niet alleen interseks mensen?
IV. Interseksualiteit is niet alleen een interseks onderwerp. Het gaat om mensenrechten, en het raakt ons allemaal omdat we in het huidige systeem allemaal verminkt worden; het gaat niet alleen om mensen die geboren zijn met lichamen die professionals zien als atypische sekse.
V. Zouden we interseks moeten definiëren als mensen met een atypische sekse?
A. Als we dat doen, dan maken we alleen maar een andere 'vaste' identiteit die wordt gedefinieerd door dezelfde professionals die de heersende heteronormatieve hegemonie beheren.
B. interseks zou een manier moeten zijn om te bestaan, en een optie die voor iedereen beschikbaar is. Net zoals we niet een duidelijke vaste definitie hebben wat een man is, of wat een vrouw is, hoe kunnen we dan definiëren voor iedereen wat interseks is?
C. Veel mensen binnen de interseks gemeenschap eisen dat we de mogelijkheid hebben om onszelf te benoemen als man of vrouw, ongeacht onze genitaliën. Als dat ons recht is, waarom zouden anderen dan niet ook datzelfde recht mogen hebben, inclusief de mogelijkheid om zichzelf te identificeren als interseks.
VI. OII is tegen de classificatie van interseks als een patholigische conditie. We zijn niet ziek omdat we interseks zijn.
A. Om interseks alleen als medische categorie te definiëren, gaat het doel voorbij,
omdat dat impliceert dat het genezen moet worden. Waarom moet het genezen worden? interseks is slechts één van de vele opties om het huidige binaire systeem te deconstrueren, een systeem dat ons allemaal onderdrukt. We verwelkomen iedereen die zichzelf identificeert als interseks, zowel als iedereen die zichzelf niet per se identificeert als interseks, om ons te steunen in onze strijd voor volwaardige mensenrechten.
VII. Het belangrijkste is dat we "mensen" mogen zijn, en dat we ons kunnen verhouden tot anderen als mensen. We verwelkomen de diversiteit die een integraal onderdeel is van de natuurlijke wereld.
___________________________________________
Joëlle-Circé Laramée représentera OII dans les activités à Montréal pour la Journée du souvenir transgenre. Elle prononcera quelques mots lors de la vigile tenue à l’extérieur du 3480 McTavish par Queer McGill, dimanche le 20 novembre vers 17 heure.
Transmissions
par Gwendolyn Ann Smith
Meurtres impunis
Traduit de l’anglais par Curtis Hinkle
Remerciements à mon amie Marine
Il y a dix ans, un homme du nom de William Palmer est entré dans le Playland Café de Boston, dans l’état du Massachusetts. Cette nuit là, lorsqu’il quitta le bar, il était accompagné d’une transsexuelle nommée Chanelle Pickett. Le jour suivant, le corps de cette dernière fut retrouvé par la police dans la chambre de Palmer.
Deux ans plus tard, un jury déclara Palmer innocent de ce meurtre et le condamna seulement à une peine de deux ans et demi pour coups et blessures.
Le meurtre de Chanelle Pickett est un des affaires qui a motivé la mise en place du projet « Souvenons-nous de nos Morts », qui dresse la liste des meurtres avec violence des transgenres. Le projet « Souvenons-nous de nos Morts » commémore également le Jour du souvenir Transgenre qui a lieu chaque année le 20 novembre ; anniversaire du jour où le corps de Pickett a été découvert.
J’aimerais pouvoir annoncer que les choses se sont améliorées depuis et que la violence anti transgenre est en voie de disparition. Peut-être est-ce le cas, mais le chemin à parcourir est encore long. Les statistiques nous révèlent tout autre chose.
Depuis la dernière commémoration du Jour du souvenir Transgenre, vingt-quatre meurtres ont été commis. Deux autres crimes semblables demeurent incertains par défaut de preuve et, bien sûr, tout ceci ne comptabilise pas les nombreuses personnes qui ont été agressées et qui ont survécu.
En moyenne, il y a eu deux meurtres par mois, dont la moitié ont été commis aux Etats-Unis. Il y en a donc eu quatre de plus l’année dernière. Cela est aussi conforme aux statistiques de la dernière décennie, plus ou moins cinq affaires semblables sur les dix dernières années : à l’exception d’un nombre anormalement élevé de meurtres en 2003.
En effet, depuis la mort de Pickett le 20 novembre 1995, les rapports indiquent exactement deux cents meurtres violents de transgenres. Approximativement vingt chaque année, et environ un toutes les deux semaines. La moitié – approximativement cent personnes – étaient domiciliées aux Etats-Unis au moment de leur décès.
Pensez-y un moment. Imaginez si vous le pouvez ce que représentent deux cents personnes. Ce n’est pas un nombre insignifiant, en particulier quand on parle de personnes.
Pouvez vous, en ce moment, penser à deux cents personnes que vous voyez régulièrement ? Si oui, imaginez un monde où chacune d’entre elles disparaîtrait de votre vie au rythme d’une personne toutes les deux semaines pendant dix ans. Imaginez ce que serait que de voir vos amis, votre famille, vos collègues et vos relations disparaître peu à peu.
Chacune de ces deux cents personnes qui ont été assassinées ont été enlevées à leurs familles et amis. Pour chacune de ces personnes, il y a des centaines d’autres qui souffrent de leur disparition.
J'ai eu l'honneur de faire la connaissance d’amis et de familles de quelques-un(e)s de ceux et celles qui ont disparu ces dix dernières années. J'ai également perdu des ami(e)s à cause de ce type de violence. Je peux vous dire du fond de mon cœur que je ne souhaite pas une telle perte à mon pire ennemi.
Permettez-moi maintenant de mettre tout cela en perspective : Soixante personnes sont mortes dans le monde entier de la grippe aviaire, et on n’arrête pas de parler de cela dans les médias tous les jours. Parallèlement, la violence anti-transgenre demeure en grande partie cachée et, par conséquent, incalculable.
Je n'essaye pas de diminuer l'importance des dispositifs d’urgence pour prévenir une possible pandémie, mais je voudrais mettre les choses au clair. Le gouvernement trouve nécessaire réagir vigoureusement pour prévenir une maladie qui a causé la mort de 60 personnes et qui n’est pas encore transmissible entre humains alors que la mort de trois fois plus de personnes est à peine couverte dans les médias, et encore moins évoquée dans le monde politique.
Cela me rend perplexe. Je connais la fréquence des meurtres dus à la violence anti-transgenre et je sais ce que c’est de perdre quelqu’un à cause de cela. Pourtant, il semble que bien peu de choses soient faites pour changer cette situation.
Au Congrès américain, un projet de loi contre les crimes de haine incluant les transgenres a été approuvé par la Chambre des Représentants, mais le Sénat semble peu disposé à faire de même. En fait, les leaders qui proposent ce projet de loi au Sénat – surtout le sénateur Edward Kennedy, qui représente le Massachusetts, où Chanelle Pickett a vécu – veulent changer le texte du projet de loi pour que toute mention de transgenre soit supprimée dans la version de la Chambre des représentants et du Sénat.
De même, la plus grande organisation gay et lesbienne des Etats-Unis, l’Human Rights Campaign, fait cause commune avec les sénateurs et refuse même de signer une lettre soutenue par les délégués de plus de quarante des plus importants organismes nationaux. Il semblerait que, pour la HRC, « gagner » soit plus important que de faire ce qui est moralement juste, car le projet de loi a plus de chance d’être approuvé si on supprime la protection des transgenres.
Quand des individus comme William Palmer tuent des personnes comme Chanelle Pickett, on remarque souvent un schéma d’action que l’on a surnommé « surextermination ». On suppose que la raison de cette violence vient du fait que les tueurs ne veulent pas seulement tuer : ils souhaitent effacer à tout jamais l’existence même de leurs victimes.
Il me semble que le manque de considération lié à ces meurtres, la faiblesse insigne des personnes auxquelles nous confions la défense de nos droits et leur refus d’accorder aux transgenres la plus minime protection légale, ne fait rien qu’encourager le but des tueurs. Cela permet un « effacement » supplémentaire à celui dont ils se sont rendus coupables lorsqu’ils ont commis ces meurtres.
Dans une société civilisée, cette situation est inacceptable. Nous ne devrions pas soutenir les tueurs, nous devrions aider les victimes. Quand on prend conscience du nombre de victimes, je ne peux m’empêcher de me demander pourquoi presque rien n’est fait, sinon pour eux, mais au moins pour la vie de celles et ceux à qu’on pourrait épargner d’une telle fin.
Après tout, la prochaine victime pourrait être quelqu'un que vous connaissez.
Gwen Smith, la fondatrice du projet “Souvenons-nous de Nos Morts (Remembering Our Dead)” et du Jour du souvenir Transgenre, espère que tou(te)s les lectrices et lecteurs participeront aux evenements du 20 novmebre. Vous pouvez la trouver en ligne à http://www.gwensmith.com