Q1 - Qu'est-ce qu'une personne intersexuée ?
Une personne intersexuée présente une morphologie sexuelle extérieure et/ou interne qui n’est pas typique selon les normes en vigueur pour un des deux sexes officiels : homme ou femme. Les anciens mots utilisés étaient hermaphrodisme, pseudo-hermaphrodisme, androgynie, etc. Il existe une grande variabilité de cas d'intersexuation. C'est pourquoi le terme intersexué convient mieux car il concerne toutes les variations.
L'intersexuation n'est pas aussi rare que l'on dit et existe sous de multiples formes faibles chez un grand nombre de personnes. Une intersexuation forte peut être visible dès la naissance ou parfois bien plus tard, notamment à l'adolescence. Les cas relativement prononcés sont traités par la médecine et sont considérés comme des anomalies qui sont "rectifiées" par la chirurgie et le traitement hormonal.
Q2 - Peut-on définir la frontière biologique entre sexe masculin et féminin ?
Chacun d'entre nous a des aspects secondaires qui appartiennent aux deux sexes de manière plus ou moins prononcée, d'autres plus rarement ont aussi des organes génitaux du sexe dit opposé. Une femme totalement "féminine" ou un homme totalement "masculin" seraient des caricatures. . Vous remarquerez vous-même qu'il y a de nombreuses femmes d'aspect un peu masculin ainsi que des hommes que l'on décrit comme efféminés. Toutes les nuances existent comme les couleurs de l'arc-en-ciel. Les intersexués sont comme les autres personnes. Leur intersexuation est simplement plus marquée que la majorité.
Ceci étant dans le cadre de nos connaissances actuelles, il existe en principe une différence génétique entre hommes et femmes mais seulement en tendances de fond. Les hommes ont généralement deux chromosomes différents. Un Y et un X (XY). Les femmes généralement ont deux chromosomes identiques X (XX). Il existe des exceptions chromosomiques à ces tendances comme par exemple des hommes XXY, des femmes XY et des hommes XX. Très schématiquement, l'embryon reste « féminin » jusqu'à la huitième semaine de son développement. Puis le fœtus XX sera faiblement virilisé et restera une fille. Le fœtus XY sous l'effet des hormones masculines majoritaires sera davantage virilisé. Les organes génitaux féminins du départ seront transformés en organes masculins. Toutefois la similitude entre les organes féminins et masculins demeurera.
Dans certains cas où il y a une insensibilité presque totale aux hormones masculines, malgré un sexe "masculin" génétique XY, sera obtenue une personne aux organes féminins complets.
En conclusion, en l'état actuel de nos connaissances, il n'est pas possible de constater de différences absolues entre personnes dites de sexes différents puisque même le caryotype XY ne suffit pas à définir, sans aucune exception, le sexe conventionnel obtenu. Et quand une règle a une exception ce n'est plus une règle d'un point de vue scientifique. Les différences ne sont que statistiques avec bien entendu une fréquence élevée de personnes ayant les phénotypes féminins et masculins conventionnels selon leurs caryotypes « féminin » XX ou « masculin » XY.
Q3 - Est-ce que les intersexués sont des transsexuels ?
Comme le nom l'indique, les intersexués sont des personnes qui se situent entre les deux sexes officiels. Ils sont naturellement plus ou moins masculins ou féminins. Cet état d'intersexualité est génétique. Les transsexuels sont des personnes qui psychologiquement se sentent appartenir à un sexe différent de celui de leur sexe de l'état civil. Ils font souvent appel à la médecine pour transformer leur corps par la chirurgie et les traitements hormonaux. Cette décision leur appartient en tant qu'adulte. Les personnes intersexuées peuvent avoir subi un traitement identique dès leur jeune âge afin de les transsexualiser de force. C'est une différence essentielle. Cependant, il y a de plus en plus de personnes intersexuées qui rejettent le sexe qu'on leur a attribué et dans la plupart des pays, elles doivent suivre les mêmes protocoles que les transsexuel(le)s. Pour beaucoup d’intersexuées qui ont rejeté le sexe qu’on leur a attribué à la naissance, parler de la transsexualité dans leurs cas justifie les traitements virilisants ou féminisants qu’ils ont subis sans leur consentement éclairé et efface l’intersexuation.
Q4 - Quelles sont les orientations sexuelles des intersexués ?
Ces orientations sont comme tout le monde si on accepte les critères arbitraires de la société. Pour les intersexués cette question a encore moins de sens. Nous sommes tellement habitués à cette idée reçue qu'il n'y a que deux sexes que si nous essayons de remettre en question ce dogme nous devons bousculer un grand nombre d'autres principes.
En raison de ces principes, la société n'a pas intérêt à accepter la réalité de l'intersexuation. Depuis des millénaires cette réalité de l'intersexuation est cachée. La société a peur de cette réalité naturelle. En effet cela remet en cause la bi-polarité des sexes sur laquelle est basée la société comme le mariage, l'identification des individus, les orientations sexuelles qui ne se classent que par rapport aux deux sexes officiels. En effet, que peut signifier l'homosexualité, la bisexualité ou l'hétérosexualité pour une personne qui dispose à la fois de caractères morphologiques masculins et féminins? Elle reste hétérosexuelle quelles que soient ses affinités vers l'un ou l'autre des deux sexes conventionnels. Pour être homosexuelle, il faudrait qu'elle ait une attirance vers une personne qui ait exactement la même proportion de féminin/masculin. C'est à dire exactement du même sexe intermédiaire. Or il existe une infinité de nuances d'intersexuation entre ces deux sexes officiels. Et encore, pour les deux sexes officiels il y a aussi de nombreuses nuances dans les caractères sexuels secondaires. Tout le monde remarque qu'il y des femmes plus ou moins masculines comme des hommes plus ou moins féminins.
Q5 - Quelle est la situation actuelle (notamment législative et administrative) lorsqu'un enfant naît intersexué ?
1 - Dans la plupart des pays occidentaux, les parents sont soumis à la pression d'une commission de médecins.
2 - Les parents doivent se décider très vite et en général suivent l'avis de la commission car ils n'ont aucune information sur l'intersexuation. On les persuade que leur enfant est anormal et qu'il convient de corriger cette anomalie par la chirurgie et les traitements hormonaux.
3 - Pour les cas (très rares) où les parents refusent un traitement de "normalisation", les médecins ne peuvent s'y s'opposer. Les seuls cas connus de refus sont en faveur des enfants dont un des parents était médecin. Ref. : Commission des droits humains, Ville de San Francisco, 25 avril 2005.
4 - En attendant une évolution de la Société, le sexe à déclarer à l'état civil devrait être le plus proche du bon sens comme c'était le cas avant 1950. Puis ultérieurement la personne pourra éventuellement décider vers quel sexe officiel il se sent plus proche. OII pense que le plus logique serait qu'aucun sexe ne soit déclaré aussi bien pour les intersexués que pour toute autre personne.
5 - L'intersexuation du point de vue légal n'étant pas reconnue comme un état normal ou anormal, il n'y a aucune loi, aucune législation pour les enfants et personnes intersexuées. C'est donc l'arbitraire le plus total qui règne en ce domaine. Toutefois la loi interdit les mutilations sexuelles ou autres qui ne seraient pas nécessaires à la préservation de la santé de l'enfant.
Il est à noter que l'apparence à la naissance n'est pas toujours figée. Une évolution biologique peut intervenir au cours de la vie vers une virilisation ou une féminisation surtout à la puberté.
Q6 - Est-ce que les intersexués feraient partie de ce que certains groupes et les médias appellent le troisième sexe?
Les communautés identitaires classiques, les médias, sauf la mouvance féministe queer, n'échappent pas au conditionnement psychosocial de la bipolarité des sexes ou tout au moins à une classification par rapport aux deux sexes conventionnels homme ou femme. Le troisième sexe serait, selon eux, un nouveau sexe qui se classerait par rapport aux deux sexes officiels. Ce qui revient à continuer à admettre la bipolarité des sexes à laquelle serait ajoutée une verrue qui serait un troisième sexe. Nous restons ainsi dans un sexisme que OII rejette comme étant une ségrégation à l'égard des personnes intersexuées.
Pas plus qu'il n'y a deux sexes, il n'y a un troisième, un quatrième, voir même un cinquième sexe, il y a un spectre en continuum du très féminin vers le très masculin. Les personnes très féminines et celles très masculines (nous nous plaçons seulement sur les aspects morphologiques évidents et scientifiques pour éviter toute contestation sur des considérations subjectives et culturelles de ce qu'on appelle les genres) ne représenteraient que 2% de la population. L'immense majorité des personnes est donc au sens élargi de condition intersexuée.
OII est pour une société où tout sexisme serait aboli. Pas de définition des sexes, pas d'attribution des genres, pas d'assignation d'un quelconque sexe à l'état civil, pas de classification des orientations sexuelles. L'OII a une vision pionnière qui ne voit que des êtres humains riches de leurs biodiversités et de leurs culturodiversités.