Pourquoi la communauté intergenre est-elle si importante pour la communauté intersexe?
Par Curtis E. Hinkle
Souvent les personnes parmi nous qui sont intersexuées et qui manifestent aussi leur identité intergenre sont marginalisées non seulement par la société au sens large, mais aussi par la communauté intersexe. Il est temps que nous prenions la place qui nous revient et exprimions nos propres opinions sur l’importance de notre présence. Nous devons nous extérioriser et résister aux tentatives d’effacement de notre identité à la fois à l’intérieur du mouvement intersexe et aussi en dehors de celui-ci. Notre intégration dans la société est cruciale pour mettre fin à l’oppression sous-jacente subie par beaucoup de personnes en raison de leurs différences et pas seulement par la communauté intersexe.
Une des raisons invoquées par les militants intersexes pour rejeter celles et ceux d’entre nous qui sont intergenres est que nous sommes insignifiant-e-s parce que nous représentons une minorité. D’abord, comment le savent-ils/elles? Regarder uniquement dans son petit cercle d’ami-e-s intersexué-e-s et extrapoler des généralisations d’après une communauté très fermée, est très trompeur. Il existe de très nombreuses personnes dans le monde entier qui s’identifient comme intergenres. Je n’accepte pas le postulat que celles et ceux parmi nous qui ont une identité intergenre sont une minorité. Et même si nous l’étions? Est-ce une raison pour nous rejeter ainsi que nos problèmes? Si c’est ainsi, alors la société peut parfaitement et avec raison rejeter les intersexué-e-s puisque d’après la définition donnée par les experts, il s’agit d’une toute petite catégorie de personnes.
Si de soi-disant “spécialistes" définissent l’intersexuation d’une manière tellement limitée, c’est afin d’effacer à peu près toutes les ambiguïtés qui ne confirment pas la catégorisation binaires du sexe qui a été construite dans notre société. C’est la même raison qui pousse les gens, y compris les militant-e-s intersexes, à effacer l’intergenre. Ils/elles ne sont pas plus à l’aise avec une ambiguïté de genre que la société ne l’est vis à vis d’une sexuation ambiguë. Mais, qu’est-ce qui est vraiment ambigu, une identité intergenre ou les définitions que nous utilisons pour définir le genre? Pour la même raison que l’intersexuation est vue comme ambiguë, l’ambiguïté de genre attribuée aux individus intergenres ne vient pas de la personne mais bien du point de vue binaire erroné avec lequel les autres nous considèrent.
Une autre raison inquiétante pour laquelle de nombreux militant-e-s et "spécialistes " rejettent l’intergenre est le résultat direct de leur insistance sur une définition très essentialiste de ce que c’est que d’être intersexué-e. Apparemment ils/elles ont un intérêt particulier à exclure le plus possible de personnes de leur catégorie "spéciale". Ceci peut paraître très bizarre pour un groupe aussi marginal que celui des intersexué-e-s, mais c’est un fait. Pourtant, le danger pour le mouvement intersexe ne vient pas de la communauté intergenre, mais des idées particulièrement essentialistes concernant l’intersexuation que de nombreux militants propagent, basées sur des définitions biologiques et pathologiques qui non seulement effacent notre existence, en étant tellement limitatives, mais justifient également l’élimination de toute "ambiguïté" et aussi de toute forme d’intersexuation.
Personne n’a de problème avec l’idée que la plupart des gens qui ont une identité de genre masculine sont de sexe masculin et personne ne le conteste. N’est-ce pas une supposition rationnelle que la plupart des personnes qui ont une identité intergenre sont en fait intersexué-e-s (c’est-à-dire de sexe intermédiaire)? Je le pense. Devrais-je exiger des preuves médicales qu’i-elles sont intersexué-e-s? C’est absurde. Je ne demanderais jamais qu’un homme ou une femme me fournisse une preuve médicale qu’il ou elle est bien un homme ou une femme. Cela servirait à quoi? Homme, femme et intersexué-e ne constituent pas une catégorisation discrète. Il n’y a pas de limite claire entre la fin d’une catégorie et le début d’une autre. Pourquoi ne pas laisser la personne me dire qui et ce qu’i-elle est? Je pense que la personne elle-même serait beaucoup plus exact qu’un quelconque expert extérieur qui, très probablement, considère l’intersexuation comme une pathologie rare comme le font la plupart des experts médicaux – un point de vue qui n’est pas scientifique et que les généticiens n’acceptent pas.
Si nous voulons agrandir notre communauté et notre visibilité, la communauté intergenre est essentielle. Il n’est pas possible d’exister socialement sans avoir un genre. Le genre est comment nous nous percevons en relation avec les autres dans un contexte social. En d’autres termes, c’est notre interprétation la plus basique de notre place d’après ce que nous ressentons et comment nous nous identifions au plus profond de nous-mêmes. Minimiser l’intergenre est l’une des méthodes les plus efficaces pour faire disparaître la communauté intersexe parce que cela perpétue le refus de voir la diversité naturelle et l’intolérance qui sont parmi les principales causes des mutilations génitales des intersexué-e-s et des autres points de vue pathologiques de l’intersexuation. Ne serait-il pas plus sain pour la société de se préoccuper des variations existant dans la population humaine plutôt que de continuer à voter des lois, à prendre des décisions médicales et à faire intrusion dans notre vie privée afin d’imposer des normes qui ne correspondent pas à la plupart des gens? Je crois que ce le serait et ce faisant, nous déconstruirions de plus la structure binaire de la sexuation qui est à la base du concept binaire de genre.
Une autre contribution importante que les militant-e-s intergenres apportent à l’activisme intersexe vient de leur insistance à être considéré-e-s entièrement comme des personnes, pas seulement comme des corps. La présence des personnes intergenres nous oblige de détourner notre attention du corps et de la notion essentialiste de qui nous sommes pour un concept plus basique de comment nous nous percevons réellement et où nous trouvons notre place. Les militant-e-s intersexes qui restent focalisé-es principalement sur le corps et sur les traumatismes subis oublient souvent d’intégrer les besoins de la personne qui se trouve dans ce corps une fois adulte. Pour ces activistes, l’identité de genre ne sert pas à grand-chose finalement.
On ne peut pas être considéré comme humain et intersexué-e légalement. Pour exister légalement comme être humain, il faut être categorisé-e soit comme homme soit comme femme. En entendant ce que disent les intergenres, on commence à comprendre la frustration d’être réduit-e-s au silence et mutilé-e-s psychologiquement dans ce système binaire. Il faut nous permettre de parler pour nous-mêmes et d’insister sur le fait que non seulement l’intersexuation existe mais l’intergendérisme aussi – le genre d’une grande partie de l’humanité. De plus en plus de personnes se rendent compte qu’elles sont ni hommes ni femmes, mais intergenres. Leur solidarité envers nous permettra d’éliminer une bonne partie de la stigmatisation associée à l’intersexuation aussi.
Voici sans doute la contribution la plus importante des militant-e-s intergenres. Nous obligeons clairement la société à prendre en compte le fait qu’il n’y a pas que notre corps qui est mutilé. Notre identité l’est aussi souvent. C’est quelque chose que beaucoup de gens peuvent comprendre parce qu’il est évident pour une grande partie de l’humanité que la construction sociale actuelle binaire du sexe et du genre les opprime et les empêche de devenir réellement et totalement eux-elles-mêmes comme membres à part entière de la société. Ceci fait augmenter notre visibilité et la solidarité des autres dont nous avons tant besoin pour survivre. La plupart des gens savent que les stéréotypes de genre sont dangereux et que cela n’affecte pas que les personnes intersexes. Nous invitons nos plus proches allié-e-s que sont les intergenres à se joindre à nous. I-elles comprennent l’effacement dont nous sommes l’objet, le silence qui nous est imposé. Si chacun-e est seulement un homme ou une femme avec une identité masculine ou féminine, alors à quoi sert vraiment le militantisme intersexe? Qu’avons-nous à offrir à la société si nous arrêtons quelques traitements médicaux et disparaissons à nouveau tandis que la société continue à nous catégoriser de force et insiste pour que nous respections des normes qui ne sont ni réalistes, ni naturelles, en utilisant violence et propagande sexiste pour conserver ce système inhumain?
Résistons à tous les sexismes
Par Curtis E. Hinkle
L’Organisation Internationale des Intersexué-e-s a le devoir de ne pas être indifférente aux ségrégations sexistes. Faire entendre la voix des intersexué-e-s/intergenres qui sont confrontés à diverses et fréquentes réactions de «sexistes» fait partie des actions de base de notre organisation.
Voici les diverses formes de sexisme que subissent fréquemment nos membres intersexe/intergenre:
1) L’idée reçue qu’il ne peut y avoir que deux sexes/deux genres.
Si la nature n’avait prévue que deux sexes, il semble évident que nous n’observerions que deux sexes. Or l’existence en tant que telles des personnes intersexuées prouve qu’il n’y pas si simplement que deux sexes.
Essayer de faire coïncider la réalité de la nature à ce qui n’est qu’un concept arbitraire d’un certain type de société est un jugement de valeur. Autrement dit cette vision revient à nier la réalité du naturel. Dicter comment doit être la nature est totalement absurde. Le monde naturel existe avec ses très nombreuses diversités et ne se conforme pas forcément à ce que nous souhaitions qu’il soit ou ne soit pas. Prétendre qu’il n’y a que deux sexes est certainement la forme la plus oppressive et la plus nocive du sexisme parce qu’elle rejette l’existence en tant que telle des personnes intersexuées avec pour conséquences désastreuses de les assigner généralement de force à un sexe et à un genre qui ne correspondent pas à leur véritable nature mutilant ainsi leurs corps et leurs personnalités.
2) L’affirmation que les personnes intersexuées subissent une pathologie reste identique au jugement que l’homosexualité était une maladie il y a quelques décennies.
Nous sommes encore classés comme des malades qui nécessitent un suivi médical. Nous sommes rangés dans tellement de différents syndromes génétiques qu’il est généralement très difficile d’analyser ce que nous avons en commun. Nous même nous devons nous convaincre qu’en fait nous n’avons à souffrir que d’une différence et non d’une maladie. La connaissance de notre différence est généralement définie par ceux qui n’ont vraiment que très peu de compréhension de ce que peut signifier de vivre avec des corps non conformes aux normes d’une société sexiste. La pression exercée par ces normes est tellement intense que nous sommes souvent accablés par la honte et un complexe d’infériorité profond. La pathologie est dans notre société, pas chez nous. Les stéréotypes rigides de genre ne sont pas naturels. Ils nous sont socialement imposés et sont employés comme armes contre nous de telle sorte que les personnes dites normales se trouvent légitimées pour exercer une pression permanente à notre encontre. Le statut de normalité est un des éléments les plus oppresseurs de notre société. Essayer de combattre ce statut à certains accordé et son utilisation oppressive semble presque impossible. Hommes et femmes exercent leurs privilèges de normalité sacralisée pour nous opprimer.
Nous avons le devoir de parler contre tout cela car il n’y a pas que les personnes intersexuées qui subissent les conséquences des définitions de normalités homme/femme. Beaucoup d’autres personnes dans le monde en subissent les conséquences aussi. Nous devons parler par nous même de notre existence, ce qui aura pour conséquence d’aider efficacement les autres personnes aussi. Nous devons contester les protocoles médicaux qui conduisent à la mutilation de nos corps et à la pression exercée par la société à nous attribuer un vrai sexe. En fait, il y a autant de vrais sexes tous différents les uns des autres qu’il y a d’individus.
Nous, et seulement nous, pouvons déterminer notre «sexe réel».
3) Le rejet des personnes intersexuées qui s’identifient en dehors du binaire.
La plupart des personnes, y compris des personnes intersexuées, affirment que nous sommes tous ou du sexe masculin ou féminin. Non, nous ne le sommes pas tous. Nous pouvons parler de notre expérience personnelle. Insister sur le fait que nous sommes ou l’un ou l’autre renforce implicitement le sexisme d’un tel concept, qui n’est pas en conformité avec la réalité et de ce que beaucoup de personnes intersexuées ressentent vraiment en eux. En effet, il y a des intersexués qui refusent toutes les catégories binaires car pour eux, ces catégories nient leur existence, leur réalité en tant qu’individu et ne font que renforcer une illusion mythique et simpliste de deux sexes et deux genres.
4) Exclusion des femmes intersexuées des groupes de lesbiennes et autres groupes de femmes.
Beaucoup de groupes de femmes ont une définition très essentialiste de ce qui doit correspondre à une femme. Elle se trouve réduite au fait de disposer d’un vagin dès la naissance. C’est blessant pour beaucoup d’hommes intersexués qui sont nés avec un vagin et se trouve être particulièrement offensant pour beaucoup de femmes intersexuées qui ont été assignées au sexe masculin. Ce concept réducteur revient à définir de manière simpliste une femme comme étant seulement quelqu’un de pourvu d'une petite partie du corps humain. C’est sexiste et discriminatoire.
5) «Féminophobie» (condescendance à l’égard des comportements et du genre considérés en général comme typiquement féminins).
Beaucoup de groupes ont internalisé le fait que les caractères et comportements du sexe masculin sont plus valorisants que ceux attribués au sexe féminin. Cette approche stéréotypée existe souvent y compris dans les groupes censés défendre les femmes ainsi que dans beaucoup de communautés de gays. Les personnes devraient considérer féminité et masculinité ni en bien ni en mal. Rejeter une personne parce qu’elle ne correspond pas aux stéréotypes masculin ou féminins qu’elle devrait avoir est une attitude sexiste. Avoir le sentiment qu’être masculin est mieux relève de la misogynie et du rejet d’une grande part du monde naturel. C’est un sentiment pathologique parce qu’il renforce la domination majoritaire des hommes identifiés en tant que tels dans nos sociétés. A l’OII nous voulons davantage d’équilibre et d’harmonie entre les diverses influences féminines et masculines, y compris pour tous les hommes pour lesquels les comportements et aspects se trouvent être considérés plutôt de nature féminine. Nous ne sommes pas non plus contre l’influence et la place des hommes identifiés en tant que tels. Nous voulons un véritable équilibre. Or la société est encore loin de cet équilibre à notre époque.
6) La Transphobie est particulièrement blessante lorsqu’elle provient de groupes de personnes intersexuées.
Par exemple : on peut lire souvent sur certains sites d’activistes intersexes: «Les personnes intersexuées ne font pas partie du mouvement transsexuel. En considérant qu’il y a effectivement des personnes intersexuées qui sont transsexuelles, ce n’est pas pour autant que la très grande majorité de transsexuels sont de condition intersexuée.» L’OII est d’accord avec cela. Cependant, paradoxalement, ces mêmes groupes insistent souvent sur le fait que les intersexués font partie du mouvement Homosexuel et Lesbien.
A l’OII, nous souhaitons une clarification: en considérant qu’il y a des personnes intersexuées qui s’identifient comme homosexuels ou lesbiens, ce n’est pour autant que la très grande majorité des homosexuels sont de condition intersexuée. Etre lesbienne ou homosexuel est une identité qui ne peut se définir que dans le concept de deux sexes et deux genres de possibles. Aussi beaucoup de personnes intersexuées estiment que ce concept binaire ne peut être applicable pour eux-mêmes.
La constante référence au Trouble de l’Identité du Genre (TIG) sur quelques sites d’intersexués peut être très discriminatoire envers les personnes intersexuées qui ont été assignées de force à un sexe qui n’était pas réellement le leur aussi bien par rapport à leur anatomie sexuelle initiale que par rapport à leur identité intrinsèque du genre.
Ce n’est pas parce que certaines personnes intersexuées se trouvent dans la position confortable d’avoir été assignées à un sexe qui leur convient par un certain médecin que les autres personnes intersexuées qui n’ont pas eu cette chance sont pour autant atteinte du TIG. Cette attitude revient à stigmatiser toutes les autres personnes intersexuées qui n’ont pas eu cette chance.
Si une personne intersexuée peut être une lesbienne dans le cadre d’une identité fermement établie dans le concept binariste, alors il devrait être évident qu’une personne intersexuée pourrait être de même transsexuelle. Affirmer que la personne intersexuée qui veut transiter est une malade mentale alors que la personne intersexuée lesbienne ne l’est pas est clairement transphobe.
Suis-je intersexué-e?
par Curtis Hinkle
Avant de prendre ce quiz, répondez aux questions suivantes?
(Commentaires ci-dessous)
1) Avez-vous subi des examens médicaux pour vérifier que tous les aspects de votre corps sont en conformité avec les standards masculins ou féminins (comme des chromosomes, le système reproducteur interne, des gènes, des hormones, etc.)?
2) Est-ce qu’on vous a expliqué comment votre sexe administratif a été déterminé?
3) Avez-vous toujours eu le sentiment que votre genre était en accord total avec le sexe qui vous a été attribué?
4) Croyez-vous que les attributions administratives de sexe sont basées sur de véritables données scientifiques?
5) Croyez-vous que votre corps détermine votre genre et qu’il vous limite aux stéréotypes de genre répandus dans nos sociétés? (ex : un homme peut-il faire de la broderie ou une femme être pompier?)
6) Croyez-vous qu’il y a seulement deux sexes?
7) Croyez-vous que les « études scientifiques » financées par nos sociétés et qui perpétuent l'idée que les hommes et des femmes sont fondamentalement différents les uns des autres soient significatives (ou importantes)?
8) Croyez-vous que, au contraire du « genre », le sexe ne soit pas une construction sociale?
Quiz:
Pour ceux et celles qui ont été élevé en filles:
1) Est-ce que votre clitoris est surdimensionné?
2) Avez-vous beaucoup plus de pilosité que la plupart d’autres "femmes"?
3) Avez-vous une morphologie "très masculine"?
4) Avez-vous des chromosomes XY ou XO?
5) Avez-vous un niveau d’androgènes (hormones masculines) beaucoup plus élevé que la plupart des "femmes"?
Pour ceux et celles qui ont été élevé en garçons :
1) Avez-vous un pénis très petit ou avec un orifice urinaire qui n’est pas à son emplacement habituel?
2) Avez-vous des seins beaucoup plus développés que la plupart des "hommes"?
3) Avez-vous des testicules non descendus?
4) Avez-vous un niveau de testostérone très bas?
5) Avez-vous des chromosomes XX, XXY, XXXY, etc.?
Si vous avez répondu "oui" à une des questions ci-dessus, vous êtes intersexué-e. Cette liste pourrait être beaucoup plus longue. Cependant, cela vous donne une idée générale de ce qu’est l'intersexualité, qui est d’être de sexe intermédiaire entre les normes définissant une femme et un homme. A la lecture de ces quelques lignes, vous pourriez avoir l'impression que tout ceci n’est pas scientifique. Tout au contraire.
Ce petit quiz est plus scientifique que la plupart des méthodes de classifications binaires habituellement utilisées où l’on s’aperçoit que la détermination du sexe officiel, basée sur les seuls organes génitaux, est de plus en plus réductrice et non satisfaisante. Qui plus est, cette méthode catégorielle contribue à la mutilation de personnes afin de les « normaliser ». Cela perpétue également une définition étroite, car binaire, de ce que sont une femme et feint d’ignorer la diversité spectrale du sexe et du genre qui est une composante naturelle de l’être humain.
Commentaires :
1) Avez-vous subi des examens médicaux pour vérifier que tous les aspects de votre corps sont en conformité avec les standards masculins ou féminins (comme des chromosomes, le système reproducteur interne, des gènes, des hormones, etc.)?
Très peu de personnes sont amenées à passer ces tests de « détermination » car le temps et les coûts qui s’y trouveraient associés seraient disproportionnés. Cependant, croire que le monde se résume en une équation binaire « homme-femme » équivaut à nier l’existence des personnes de sexe intermédiaire et peut avoir de graves conséquences; non seulement sociales, mais également du point de vue des soins reçus. Beaucoup de personnes élevées en filles n’auront pas les mêmes réactions aux traitements proposés par les médecins et cela est aussi vrai pour celles qui ont été élevées en garçon.
2) Est-ce qu’on vous a expliqué comment votre sexe administratif a été déterminé?
Il est généralement admis que les médecins ont raison et leur compétence dans ce domaine n’est pas mise en doute. Cependant, le postulat comme quoi il n’existe que deux sexes est aussi simpliste qu’erroné. Les organes génitaux ne sont pas un marqueur infaillible pour la détermination de notre « vrai » sexe. Tout au long de l’Histoire, les personnes intersexué-e-s ont prouvé que cela était faux. Autrefois, les médecins ont classifié toutes les personnes avec des testicules dans la catégorie « homme ». Souvent les femmes qui sont insensibles aux androgènes ont une apparence tout à fait féminine avec des organes génitaux de femme, des chromosomes XY et des testicules internes. Est-ce que les testicules et les chromosomes devraient déterminer le « vrai » sexe de ces femmes? Comment savoir le « vrai » sexe d’une personne sans lui demander?
3) Avez-vous toujours eu le sentiment que votre genre était en accord total avec le sexe qui vous a été attribué?
Puisque nous avons divisé toute la population en seulement deux catégories sexuelles, il est normal que beaucoup de personnes se sentent broyées dans un tel système. Si vous avez, ou avez eu, l’impression que vous n'êtes pas totalement masculin-e ou féminin-e, vous n'êtes pas seul-e dans ce cas. La diversité est une composante de la Vie et seuls les ordinateurs ne pensent qu’en termes de « 0 » et de « 1 ». Ce mythe binaire est non seulement pseudoscientifique mais aussi sexiste.
4) Croyez-vous que les attributions administratives de sexe sont basées sur de véritables données scientifiques?
Comme on vient de le voir, le plus souvent on nous attribue un sexe en regardant nos organes génitaux et rien d’autre. Il n'y a rien de véritablement scientifique dans tout cela. Au mieux, c'est une simple conjecture qui permet de « rassurer » les parents et les proches sur l’avenir social de l’enfant.
5) Croyez-vous que votre corps détermine votre genre et qu’il vous limite aux stéréotypes de genre répandus dans nos sociétés?
Si oui, ce quiz n’est pas pour vous.
6) Croyez-vous il y a seulement deux sexes ?
Si oui, évidemment, ce quiz n’est pas pour vous.
7) Croyez-vous que les « études scientifiques » financées par nos sociétés et qui perpétuent l'idée que les hommes et des femmes sont fondamentalement différents les uns des autres soient importantes?
Une société sexiste a des droit acquis dans la construction actuelle binaire du sexe et donc a un intérêt à ne pas changer ce système. Les chercheurs ont d’énormes budgets leur permettant de financer leurs "études" sur les différences entre hommes et femmes.
Nous, les membres de l'OII, croyons que cette recherche et le financement accordé ont plus un but socioculturel que scientifique. Le principe de base de cette recherche suppose que les humains sont totalement hommes ou femmes, ce qui n'est pas du tout le cas. En partant de ce postulat erronée, les « chercheurs » posent la question suivante :
"Comment les hommes et des femmes sont-ils différents ?"
Nous sommes convaincus que cette question ne serait que secondaire dans une société qui ne serait pas profondément sexiste. Puis, après avoir énoncé ce raisonnement biaisé, les chercheurs découvrent des « différences » et nous proposent des clichés qui renforcent encore plus solidement le mythe binaire qui est à la base de la question posée. C’est un cercle vicieux.
8) Croyez-vous que, au contraire du « genre », le sexe ne soit pas une construction sociale?
Le fait que le sexe soit divisé en seulement deux catégories officielles prouve qu’il est bien plus une construction sociale que naturelle. En fait, il a été nécessaire de gommer l'existence des intersexué-e-s à travers toute l'Histoire afin de pouvoir perpétuer ce mythe bipolaire. Au 19ème siècle, l'intersexualité a été éliminée par les médecins et les chercheurs par le moyen d’une classification pseudo-scientifique: pseudohermaphrodite féminin, pseudo-hermaphrodite masculin et vrai hermaphrodite.
Ce qui est frappant et ridicule dans cette terminologie est que, chez les humains, l’hermaphrodisme n’existe pas. Les escargots et d'autres animaux peuvent être hermaphrodites, c'est-à-dire qu’ils peuvent présenter une « synthèse » sexuellement fonctionnelle du mâle et de la femelle. Ce type morphologique n’existe pas chez les humains.
Au 19ème siècle, la société était très soucieuse des mœurs sexuelles et la présence d’"hermaphrodites" présentait un défi sérieux à leur concept de la moralité et à la place des hommes et des femmes dans la société. Comment éviter la «perversion» homosexuelle si on ignorait si la personne était un homme ou une femme? Comment faire pour que les femmes restent à leur place si on permettait à des hermaphrodites qui n’étaient pas « vraiment des hommes » d’être reconnus comme tels? En même temps les médecins découvraient de plus en plus de personnes qui étaient difficile de classer dans ce système binaire. Pour résoudre ce problème, ils décidèrent que les gonades (qui désignent indistinctement ovaires et testicules) étaient les seuls vrais indicateurs du sexe d'une personne.
Cette taxonomie convenait bien au besoin qu'on avait d'effacer toute ambiguïté des sexes car, dans ce système, les seules personnes qui étaient répertoriées comme vrais hermaphrodites étaient celles qui avaient et un ovaire et un testicule ou qui avaient du tissu ovarien et testiculaire, ce qui est très rare. Toute autre personne intersexuée possédant des testicules devenait pseudo-hermaphrodite masculin et cela même si les testicules n'étaient pas descendus et si la personne en question avait un vagin, des seins et se considérait elle-même être une femme. Les autres, ceux qui avaient des ovaires, devenaient des pseudo-hermaphrodites féminins et cela, même si la personne en question n’avait ni seins, ni vagin et présentait une pilosité masculine.
Au 20ème siècle, une taxonomie plus élaborée vit le jour et s’avéra encore plus efficace dans la dissimulation de l'intersexualité. Au lieu de nous appeler des vraies personnes ou des pseudo personnes, nous sommes devenues tout simplement des hommes et des femmes « défectueux », souffrant, selon les médecins, d’une série de symptômes médicaux et de syndromes. Le monde médical nous offrit alors "des remèdes" qui souvent n’étaient rien de plus qu’un « traitement » pour nous donner la possibilité de ressembler approximativement à une des deux catégories de sexes officiels, conformation nécessaires pour notre sécurité dans nos sociétés, même celles qu’on appelle «avancées».
Aujourd’hui encore, de telles décisions devraient être laissées à l'individu et non imposées. Cette division de l’intersexualité en d’innombrables conditions médicales a tellement fractionné la communauté des intersexué-e-s qu'il est désormais très difficile de trouver un consensus à opposer à ceux qui nous imposent leurs propres définitions.
L'Organisation Internationale des Intersexué-e-s n'accepte pas comme préalable pseudoscientifique que nous soyons des hommes ou des femmes « défectueus-e-s ». Nous admettons qu'il y a des myriades de sexes et de genres dans la Nature et croyons que nous sommes les mieux placés pour déterminer notre « vraie » place sur ce spectre. Nous n’avons nul besoin d’un binaire mythique qui effacerait l’existence d’une grande partie de l’humanité.
De la violente construction binaire du sexe */ **
Traduit de l’allemand par Curtis E. Hinkle
Revu et corrigé par Lucie Gosselin
Depuis longtemps, les intersexué-e-s, personnes dont le sexe ne peut pas être clairement défini en tant que masculin ou féminin, essaient de sensibiliser le grand public à leurs expériences face aux tabous culturels, à la normalisation obligatoire et aux pratiques médicales violentes. Jusqu'au 20e siècle, i-elles ont été classifié-e-s comme hermaphrodites. Le soi-disant progrès médical ne les a pas seulement pathologisé-e-s; mais en plus, il a médicalisé leur existence. Actuellement, ces personnes ont inventé un nouveau terme, celui d’« intersexe » comme catégorie politique, souvent après avoir vécu pendant des années dans un sexe qui leur avait été attribué de force.
La remise en cause de la construction binaire rigide du sexe et de l’hétérosexualité obligatoire par la théorie et la pratique féministe et LGBT a au moins ouvert les mentalités aux perspectives et aux existences qui ne cadrent pas au sein des normes établies pour le sexe et le genre. Néanmoins, jusqu’ici, on a accordé peu d’attention à ceux et à celles qui s’écartent du modèle prescrit.
Les limites de la perception
Le refus d'entendre la voix des intersexué-e-s et donc leur invisibilisation par les médias et les éditeurs de livre augmente exponentiellement l'ignorance sociale que subissent les intersexué-e-s par rapport à leur réalité quotidienne (de tous les jours). Comment expliquer le rejet total des médias concernant ce sujet? S'il est si difficile d'attirer l'attention du public, c'est peut-être parce qu'il ne s'agit pas simplement de faire accepter une présumée différence mais plutôt parce que les intersexué-e-s nous obligent à remettre en cause l’idée même de la « normalité du normal ». Même dans un contexte féministe, la volonté de repenser ses propres standards normatifs est limitée, ce qui fait que la reconnaissance et la participation des intersexué-e-s au sein du mouvement féministe soient si difficiles à admettre. En même temps, on souligne le grand écart de pouvoir qui sépare certaines femmes par rapport aux autres et on interroge l’hétérogénéité des femmes en générale – ce qui revient à dénoncer l’existence d’une seule catégorie unifiée « femme ». Cependant, la catégorie des "non-femmes" semble toujours claire. Oser parler de l’ambiguïté des frontières est une provocation non seulement pour celles qui proposent une action politique au nom des femmes, mais aussi pour celles dont les analyses et les perspectives sont basées sur la différence sexuelle. Et même dans un contexte féministe queer, où l'hétérosexualité obligatoire et les constructions normatives du sexe et du désir sont une source d’irritation, on ne trouve pas nécessairement un forum pour les questions « intersexes ».
Il est beaucoup trop évident que les médias féministes ne sont pas intéressés à la mutilation génitale en tant que pratique quotidienne médicale dans les sociétés modernes occidentales; alors que – et fréquemment avec une pointe de racisme - les contributions sur la pratique "barbare" de circoncision clitoridienne et la mutilation dans quelques pays africains sont bien établies dans les écrits féministes. Si par contre, les médias féministes portaient leur attention sur la normalisation sexuelle violente qui fait partie de la structure de la médecine occidentale, on verrait ce discours ethnocentrique sous un jour tout à fait différent tout en élargissant l’étendue de la discussion sur un aspect important de l’abus sexuel des enfants en même temps.
Se concentrer sur les formes de violence inhérentes aux rapports imposés par les différences de sexe et/ou de genre ne semble pas une priorité pour le moment. Les théories sur la construction et les variations historiques du sexe et du genre sont plutôt souvent interprétées comme s’il existait une liberté individuelle qui nous donnait la possibilité de définir le sexe et le genre. Le genre est traité comme une question de goût et de mode, qui se réalise de façons variables sur diverses scènes sociales. Seul le manque de ressources financières ou culturelles est identifié comme facteur limitant l'individu, alors que les aspects psychologiques et physiques de la vie de l’individu et les sanctions sociales et/ou matérielles de l'existence qui y sont rattachées sont apparemment négligés. Néanmoins, la discussion sur le choix individuel et les variations ludiques possibles est très cynique, si on prend en compte les mécanismes violents employés par la société et la communauté médicale pour enlever de force l'ambiguïté sexuelle des corps des intersexué-e-s, pour qu’ils soient intégrés dans le système binaire. La raison de l'ignorance qui prolifère toujours dans le domaine de l’intersexualité trouve peut-être sa source dans le fait que la reconnaissance de cette pratique sociale contre les intersexué-e-s nous inciterait à remettre en cause la promesse libératrice offerte par une perspective non déterminante du sexe et du genre.
Une perspective féministe queer postule que la binarité des sexes et des genres n’est ni une donnée naturelle, ni une nécessité. Dans ce contexte, il apparaît encore plus absurde que ceux et celles dont on a enlevé l’ambiguïté sexuelle de leurs corps soient laissés de côté. Si nous prenons le temps de réfléchir sur l’intersexualité, nous nous rendrons compte qu’il est possible de démontrer à quel point il est difficile, même avec l’aide de toutes les technologies sociales de pointe (incluant la biomédecine) d’affirmer et de maintenir comme une vérité évidente l’existence de deux, et seulement deux sexes, et qu’il soit naturel que tout le monde soit « homme » ou « femme ». Le fait que beaucoup de personnes ne répondent pas aux critères des normes rigides n'est pas important puisqu'il y a une panoplie de traitements, des examens sélectifs aux pratiques médicales violentes, pour sauvegarder la supposition culturelle fondamentale de la classification binaire du sexe. Par conséquence, il devient de plus en plus évident pour n’importe qui que le sexe n’est pas tout simplement le résultat de facteurs discursifs ou psychosociaux, mais plutôt qu’il est constitué au moyen de l’intervention directe sur les corps
Traitements médicaux imposés
La pathologisation de l'intersexualité est l'autre côté de la médaille imposé par ceux qui se vautrent dans l'illusion d'être sexuellement non ambigus et de répondre aux normes de la prétendue normalité, la Norme. La pathologisation peut être comprise comme un mécanisme rhétorique et pratique qui sert à empêcher toute remise en cause du système binaire du sexe. La conception du phénomène de l’intersexualité en tant que maladie ou difformité sert à revaloriser la normalité au moyen de traitements et d’autres supposées remèdes. Si nous regardons de près tous les effets d’exclusion qui sont ainsi renforcés, nous restons avec la conviction que les parents et les enfants intersexué-e-s eux-mêmes feraient mieux d’apprendre à vivre avec l’ambiguïté sexuelle. À la lumière du fait que cette dernière option n’est même pas considérée comme une possibilité, on se rend compte que les mécanismes contrôlant l'ambiguïté sexuelle ne sont pas du tout dans l'intérêt de ceux et celles qui la vivent dans leurs corps, mais plutôt dans l'intérêt de ceux qui veulent maintenir intacte la hiérarchie présente qui déterminent les rapports de pouvoir entre les sexes afin d’éviter toute incertitude dans ce même système.
Tandis que les intersexué-e-s se sont organisés politiquement pour militer contre les normes rigides du sexe et du genre, une perspective différente est en train d’émerger qui explique historiquement et culturellement la fonction variable (mais toujours coercitive) du sexe et du genre en tant que construction sociale. Cela implique que nos modèles d’interprétation et d’explication de l’intersexualité doivent aussi changer. Au lieu d'une maladie, une déviation pathologique constituant un phénomène médical, l’intersexualité peut se concevoir comme un phénomène social et politique : une façon d’être, qui est à la fois créée et interdite par les normes binaires du sexe et du genre.
Une nouvelle façon de penser et de vivre devient possible si on commence par la prémisse que le système binaire du sexe et du genre est « un idéal » social que seule une petite minorité peut atteindre et que la nécessité d’un tel idéal est déterminé socialement. Qu’est que cela pourrait signifier en ce qui concerne les possibilités et les limites de changer les relations actuelles entre les sexes ? Qu’est que cela pourrait signifier si nous recherchions des stratégies politiques qui ne se limitent pas à la parodie et à la mascarade, ni à une simple reconnaissance de tolérance de « l’autre ».
Acceptation ou déstabilisation ?
En ce qui concerne les stratégies de représentation publique, deux approches peuvent être distinguées : ceux qui se servent de la politique minoritaire et qui revendiquent la reconnaissance des intersexué-e-s en tant que groupe spécifique opprimé socialement et ceux qui cherchent à déstabiliser la construction d’un idéal en attirant l'attention sur l'ambiguïté, la variabilité et les contradictions inhérentes au genre et à la "normalité" sexuelle. Entre ces deux stratégies existe une tension, sinon une incompatibilité, parce que la première crée une autre catégorie d'identité - un résultat, qui est critiqué par la deuxième stratégie comme une homogénéisation problématique. Néanmoins, d’après moi, il vaut mieux les placer côte à côte sur la scène publique plutôt que d’essayer de faire un choix entre les deux ou de proposer une synthèse. Il est préférable de comprendre la politique comme un échange continuel d’idées plutôt que de poursuivre l'illusion de détenir « la seule vérité politique. » Tout de même, il est approprié de réfléchir sur les effets différents de ces deux stratégies, à quels intérêts servent-elles et à quel public s’adressent-elles, afin de transformer la tension en productivité.
La division médicale scientifique, de ce qu'a été autrefois appelé hermaphrodisme en divers syndromes, empêche la compréhension de l’intersexualité comme étant un phénomène social et politique). Conformément au principe de "diviser pour régner", cette conceptualisation de l’intersexualité comme un ensemble de plusieurs syndromes médicaux aboutit à une conception qui rend presque impossible le fait de voir l’oppression et la force qu’on nous a imposé. Pour résister à ce processus, il pourrait être utile d'agir sous un nom commun et de créer un groupe social, qui tienne compte des sujets en tant que locuteurs plutôt que des sujets médicaux. Mais encore une fois, n'importe quel mouvement politique, qui a l'intention de définir l’intersexualité comme un groupe identitaire est en train de créer une nouvelle « catégorie spéciale » - même si elle est justifiée par la marginalisation imposée par l’« anormalité » dans la structure sociale dominante. Toutefois, il y a une différence qui découle de la manière dont on procède. On peut revendiquer ses droits en tant qu’individu ou on peut revendiquer d’être classifié dans une catégorie spéciale. Dans le dernier cas, ceux qui sont en position de pouvoir se servent de leur privilège pour nier ou accorder des droits. Si, d'une position marginalisée, il y a des demandes d’identité, de reconnaissance des torts subis par les intersexué-e-s et de la condamnation de l’intervention violente sur les corps, ceci ne signifie pas que ces demandes sont universelles, a-historiques ou sans contexte, mais plutôt qu'elles répondent à des besoins et à des expériences concrètes différentes selon les personnes qui ont subis ces dommages. Ces personnes peuvent, en se référant à la perspective dominante dans nos sociétés, être soutenues sans pour autant que toutes les personnes intersexué-e-s partagent la même revendication de reconnaissance, d'intégrité et d'identité.
Le privilège de la normalité
Comment focaliser l’attention sur les mécanismes du fonctionnement du pouvoir ? Comment développe-t-on des perspectives de changement sans renforcer la structure hiérarchique qui détient le pouvoir et contrôle le système législatif auquel on doit s’adresser ? L’invisibilisation de l’intersexualité par la société n’est pas le résultat de l’embarras ou de l’incertitude que l’on ressent quand on est confronté à un « autre » dans un contexte social où il doit être intégré en tant qu’« autre » sans déranger l’ordre établi de façon sérieuse. Et s’il devenait clair que la « certitude » de l’identité de chacun est basée sur la marginalisation d’autres identités ? La confrontation avec l’intersexualité déstabilise l’identité qui est enracinée dans le système binaire. On est confronté par les rapports de force et de pouvoir utilisés pour assurer l’effacement de l’ambiguïté comme moyen pour maintenir la structure hiérarchique des relations entre les sexes et les rôles de genre. C'est exactement là où se trouve la menace pour la culture dominante - mais peut-être aussi la promesse de remettre en cause le privilège de la normalité. C’est seulement dans cette perspective qu’on peut trouver l’occasion de créer des coalitions – et de négocier les différences d’intérêts – entre ceux et celles qui se sentent « confortables » avec la construction binaire du sexe et ceux qui ne sont pas capables ou qui refusent de s’y adapter. Si on comprend l’intersexualité comme un produit de la hiérarchie rigide binaire, tout en l’acceptant comme une expérience concrète individuelle et une façon d’être historique, on ouvre la possibilité de remettre en cause le système rigide normatif binaire du sexe et du genre et de s’y opposer.
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Notes :
* Cet article a été à l'origine publié dans : Hamburger FrauenZeitung No. 53, automne 1997: pp. 26-28: avec le titre « ene mene meck und du bist weg. über die gewaltsame herstellung der zweigeschlechtlichkeit.>. Traduction de l’allemand : Curtis Hinkle et Antke Engel; avec remerciement spécial à Nina Schulz.
** Je remercie Birgit-Michel Reiter pour les conversations que nous avons eu par téléphone et par courrier électronique. Sans ces échanges intellectuels et provocateurs, je n'aurais pas écrit cet article. Bien que je sois engagé pour la dénaturalisation et la déstabilisation de la hiérarchie rigide binaire de sexe/genre depuis assez longtemps, quelque chose m'avait retenu de faire face aux formes de violence auxquelles les intersexué-e-s sont soumis. Je suis reconnaissante pour mon changement de perspective.
(1) D’un point de vue purement juridique, les hermaphrodites n’existent pas. La loi exige qu’une personne soit de sexe féminin ou masculin. Il n’y a aucune place pour l’ambiguïté.
(2) Qui pourrait aussi expliquer le désintérêt actuel pour le viol, l'abus sexuel des enfants, la pornographie et la violence croissante contre les lesbiennes et les gays, dont la signification dans la construction de genre est rarement discutée.
Femme. Homme.
Elle. Il.
par Lucile Bayre
Ce qu’on peut dire sans trop de bêtises, c’est que ces deux couples de mots expriment une différence, qui s’établit au niveau sexuel.
Maintenant on peut se poser des questions : ces binômes de mots expriment-ils la différence entre deux groupes humains distincts, ou bien les deux extrémités d’une échelle de nuance ? Autrement dit, l’interprétation de termes aussi banals que « femme », « homme », amène avec elle un regard interrogateur sur la façon dont la différence sexuelle organise l’humanité.
Et alors arrive la question cruciale : qu’est-ce qu’un homme ? qu’est-ce qu’une femme ?
A vingt-deux ans, j’avoue que, en définitive, je ne sais toujours pas. Ce que je sais, c’est que c’est un sujet passionnant -dans tous les sens du terme, hélas.
En effet, c’est passionnant, même au sens premier, car des gens souffrent de la désinvolture avec laquelle on répond aux très importantes questions que j’ai mentionnées. Des gens : la question que vous allez peut-être vous poser sur leur identité portera sur leur genre. « Hommes ou femmes ? » C’est bien ça le problème.
A la naissance de chaque bébé, on note de quel sexe/genre est le bébé. On procède de la façon suivante. On se demande : de quel sexe est-il ? et on répond selon ces critères : grand pénis-testicules = garçon ; petit clitoris-lèvres-vulve = fille. C’est aussi simple que ça. En fait, on a tellement intégré ces amalgames que les remettre en cause passe pour une idée baroque.
Dans le cas d’un bébé qui échappe à ces deux cas de figure, un bébé de « sexe ambigu », les autorités médicales décident souvent d’assigner à l’enfant un des deux sexes qu’ils ont définis selon leurs critères. Les tristes sbires de la pensée sexiste opèrent ainsi régulièrement des bébés intersexués, ployant la nature pour la conformer à une culture sur ce point stupide. Cela a des conséquences désastreuses pour bien des personnes dont on a supprimé le sexe de naissance. L’autre conséquence, c’est qu’elles sont rendues invisibles.
L’acte chirurgical et la pauvreté du langage renforcent leur invisibilité. L’usage des mots « intersexué/e », « intergenre » est très peu répandu. Le langage est le véhicule de la culture. Et dans notre culture on pense : « on est soit homme, soit femme ». Ainsi notre société est entièrement fermée aux intersexué-e-s. Avec le mode de pensée qui prédomine, on ne peut ni voir, ni prendre en compte les intersexué-e-s. Si on pensait « on est plutôt homme ou plutôt femme», si on n’assimilait pas le genre au sexe, alors ces personnes n’auraient pas à subir un autre corps que le leur pour vivre dans notre société. Et les trans et intergenres ne feraient plus tant figure d’ovni. Je crois même que de plus en plus de personnes seraient beaucoup plus décontractées par rapport à leur position dans le paysage nuancé de la différence sexuelle.
Ces idées ont cependant du mal à être acceptées. Pourtant, quel est le moins acceptable : tailler dans la culture ou tailler dans les corps ?
Le courrier du cœur
Réponse à l’article « Santé mentale et LGBT »
Personnes Transgenres, Transsexuel-le-s et Intersexuées : une santé sexuelle et mentale fragilisée par un parcours de vie souvent plus que chaotique.
Membre de l’OII
mercredi 26 avril 2006
Bonjour et merci beaucoup pour cet intéressant article.
J’aimerais cependant y ajouter que certains membres de la mouvance LGBTI souffrent de difficultés additionnelles et particulières qui peuvent rendre leur vie extrêmement difficile. Je pense aux personnes transsexuelles, transgenres et intersexuées.
Ces dernières voient encore beaucoup trop souvent leurs sentiments totalement niés par leur entourage et ceci dès la petite enfance. En conséquence, nombre d’entre elles ont une image extrêmement noire et dévalorisée d’elles-mêmes, aucune confiance en elle et aucune sécurité affective. Cela entrave notablement leur vie affective et leur vie quotidienne.
Dans son ouvrage (Trues Selves), Mildred Brown indique que malgré le manque de statistiques, elle estime le taux de suicide des adolescent-e-s transsexuel-le-s encore beaucoup plus élevé que ceux des adolescents gays ou des adolescentes lesbiennes et je crains qu’elle n’ait raison (et que cette estimation ne vaille également pour les ados transgenres et intersexué-e-s).
Encore beaucoup trop souvent, les personnes transsexuelles et transgenres se retrouvent face à un establishment médical pour le moins hostile, quand il n’est pas totalement fermé au moment où elles entreprennent leur transition. Que des personnes qui n’arrivent pas à trouver des "trucs" pour quand même arriver à faire leur chemin soient totalement désespérées et finissent par se suicider n’est donc pas étonnant.
Quant aux autres, nombre d’entre elles doivent faire face à des psychiatres foncièrement homophobes et transphobes qui, au lieu d’être leurs alliés leur enfoncent encore un peu plus la tête sous l’eau et les traitent de la manière la plus méprisante et la plus irrespectueuse qui soit.
Dans de telles circonstances il n’est pas étonnant qu’il leur faille de nombreuses années pour se remettre du "traitement" psychiatrique qu’elles ont dû subir pour pouvoir bénéficier de leur intervention. Elles acquièrent également une méfiance viscérale face aux psychiatres, psychologues et autres professionnels de la relation d’aide alors même que les maltraitances qu’elles subissent depuis l’enfance et qui se prolongent jusqu’à leur transition peuvent les rendre très fragiles.
De leur côté, nombre de personnes intersexuées doivent faire face à des opérations chirurgicales totalement arbitraires qui leurs sont imposées durant la petite enfance, niant totalement leur propre identité sexuelle et pouvant avoir des séquelles qui durent pendant des années. Elles doivent faire face, encore bien trop souvent, au déni total de leurs sentiments et de leur révolte de la part de leurs familles et leurs proches qui leur cachent la vérité. Quand elles la découvrent enfin, il arrive très fréquemment que le sentiment d’avoir été trahi par leur famille (et l’incapacité de cette dernière d’admettre les faits) soit tel qu’il engendre une rupture totale. Elles se retrouvent seules pour faire face à leurs histoires et aussi à des interventions souvent lourdes pour réparer ce qui peut encore l’être des mutilations qu’elles ont subies enfant.
Un certain nombre d’entre elles ont, entre autres, perdu toute capacité de ressentir du plaisir sexuel. Nombre d’entre elles ont également une identité sexuelle "intersexuée", "intergenres", "androgyne" et, là encore, elles se retrouvent totalement seules pour l’explorer, la découvrir et l’assumer. Et ce ne sont surtout pas les professionnels de la relation d’aide qui sont prêts à les comprendre et à les aider !
Dans les sociétés occidentales, l’excision et l’infibulation sont, heureusement, des crimes quand elles sont pratiquées par de simples particuliers. Mais bien peu de personnes savent que ces mêmes traitements sont infligés à des nouveaux nés, pour la simple raison que ces derniers sont nés, par exemple, avec un clitoris trop grand qui sort des normes et que cela dérange des médecins normalisateurs et homopobes. Bien sûr, tout cela est fait au nom du "bien de l’enfant". Quand il est question de maltraitance, elle est toujours commise au nom du bien de l’enfant.
Pour finir, il existe des pistes pour lutter contre ces oppressions. Des groupes de soutien de personnes transsexuelles, transgenres et intersexuées nettement plus combatifs que les premiers sont en train de faire leur apparition. Ces groupes sont animés par des personnes qui ont réussi leur carrière, qui ont trouvé la paix intérieure et qui ont réussi à faire un chemin qui leur donne la capacité d’aider les autres personnes qui se retrouvent dans des dynamiques et des situations proches des leurs.
Certains groupes de soutien de personnes transsexuelles organisent des filières qui permettent d’éviter plus ou moins complètement les psychiatres traditionnels. Cela impose aux personnes de payer leurs interventions par elles-mêmes, mais cela leur permet aussi de faire leur transition de manière nettement plus aisée et discrète. Par ce biais, on peut espérer voire un grand nombre de personnes faire leur transition, trouver leur place dans la société, et être alors prête à faire face aux oppressions, aux discriminations et aux violences homophobes et transphobes qui se perpétuent.
Une organisation de personnes intersexuées comme l’Organisation Internationale des Intersexués (OII, http://www.intersexualite.org) est un groupe de soutien très étendu qui est également devenu une aide importante pour de nombreuses personnes intersexuées. Elle a ceci de très précieux qu’elle ne regarde pas l’intersexualité comme un défaut de naissance ou une imperfection, mais comme une différence, une variation de la nature, et elle est pleinement respectueuse des personnes dont l’identité sexuelle n’est pas traditionnelle.
Il sera aussi très important que des personnes aidantes provenant de ces mouvances se forment, pour fournir une aide et un accompagnement à des personnes qui en ont un grand besoin ainsi que pour informer les autres aidants et le grand public. Cette étape est encore à franchir, mais des approches, comme l’approche centrée sur la personne et d’autres créée par Carl Rogers, qui permettent une formation en cours d’emploi pour des adultes et qui ne sont pas engoncées dans un modèle stéréotypé des sexes et des genres risque de se révéler très utile pour cela.
Désolée d’avoir été longue, mais tout cela me parait important.
Marie-Noëlle Baechler
Sur la Transsexualité :
Mildred Brown & Chloe Ann Rounsley. True Selves : Understanding Transsexualism - For Families, Friends, Coworkers, and Helping Professionals. Jossey-Bass ; Reprint edition (March 24, 2003) ISBN : 0787967025
Randi Ettner. Confessions of a Gender Defender : A Psychologist’s Reflections on Life Among the Transgendered. Chicago Spectrum Press (September 1996) ISBN : 1886094519
http://www.ftmi.org/ (FtM International : un des rares sites sur les hommes transsexuels, qui sont pourtant nombreux)
Sur l’Intersexualité :
Sharon E, Preves. Intersex and Identity : The Contested Self. Rutgers University Press (June 2003) ISBN : 0813532299
Sur la relation d’aide avec les personnes "gender variant" :
Randi Ettner. Gender Loving Care : A Guide to Counseling Gender-Variant Clients. W. W. Norton & Company (May 1, 1999) ISBN : 0393703045
Gianna E. Israel, Donald E. Tarver, Diane Shaffer. Transgender Care : Recommended Guidelines, Practical Information, and Personal Accounts. Temple University Press (January 1, 1998) ISBN : 1566398525
Arlene Istar Lev. Transgender Emergence : Therapeutic Guidelines for Working With Gender-Variant People and Their Families (Haworth Marriage and the Family). Haworth Press (April 2004) ISBN : 0789007088
Sur les personnes "gender variant" en général :
Vern L. Bullough, Bonnie Bullough. Cross Dressing, Sex, and Gender. University of Pennsylvania Press (January 1993) ISBN : 0812214315
Tracie O’Keefe (Editor), Katrina Fox (Editor), Tracie O’Keefe, Katrina Fox. Finding the Real Me : True Tales of Sex and Gender Diversity. Jossey-Bass ; 1st edition (April 15, 2003) ISBN : 0787965472
Des personnes et pas des conditions
Comment accompagner des client-e-s intersexué-e-s – Une introduction
[Traduit de l’anglais par Curtis E. Hinkle, revu et corrigé par
Atelier donné pour d'autres professionnels de santé mentale en
Angleterre au mois de février 2006
Introduction
Pour de nombreuses raisons, les intersexué-e-s ne sont ni entièrement de sexe masculin ni entièrement de sexe féminin.
Selon des études récentes, on estime qu'environ un enfant sur 1500 ou 2000 est né avec des organes génitaux atypiques. La plupart des personnes intersexuées ne sont pas nées avec des organes génitaux atypiques et leur condition est découverte une fois adolescent(e) ou adulte. (1.)
Environ 100.000 personnes en Grande Bretagne peuvent être décrites comme intersexuées. (2.) C'est beaucoup de gens, mais ils ont de la peine à se faire entendre. C'est une petite voix - et il est essentiel que nous soyons ouverts et à son écoute.
Il y a une grande variété de conditions intersexuées - et chacune peut être dévastatrice. Le degré dépend de la sévérité de la condition ainsi que du traitement et physique et psychologique de l'individu concerné. Nous n'avons aucun contrôle sur la condition en tant que telle mais nous pouvons contribuer à l’amélioration des traitements.
D'un point de vue médical, les conditions d’intersexuation ont été réparties dans les cinq catégories suivantes basées sur la différentiation des gonades :
- Pseudo-hermaphrodite féminin – deux ovaires
- Pseudo-hermaphrodite masculin – deux testicules
- Hermaphrodite vrai – 1 ovaire et/ou 1 testicule et /ou 2 ovotesticules
- Dysgénésie gonadique mixte – 1 Testicule et 1 gonade en bandelettes
- Dysgénésie gonadique pure – les deux gonades en bandelettes
(Une gonade en bandelettes est dysgénétique et ressemble à du tissu de stroma ovarien. Aucune cellule germinale n’est présente.) (3.)
Une question clef
Pendant des jours, je me suis demandé comment rédiger au mieux cette communication professionnelle. J’ai mis des heures à examiner des masses de références sur les nombreuses conditions intersexuelles et les différents phénotypes qui les caractérisent. Enfin, je me suis couchée dans l’espoir que la nuit apporterait conseil et je me suis réveillée avec les idées suivantes qui me trottaient par la tête –
Il s’agit de personnes, pas de biologie.
Il n'est pas seulement question de leur corps et de à quel point il est différent des autres mais plutôt de à quel point leur âme est pareille aux autres. C'est ce qui est le plus important.
Ce n'est pas leur anatomie qui est la plus importante mais la souffrance qu'ils ressentent et comment les aider à guérir de leurs blessures.
D'après mon expérience personnelle, les personnes concernées peuvent s'identifier soit comme femme, soit comme homme, soit comme intergenre ou comme appartenant à un troisième sexe. Certaines assimilent identité de genre et orientation sexuelle alors que d'autres font la différence. Autrement dit, si certaines d'entre elles se sentent à l'aise dans la construction binaire hétéronormative d'autre se sentent au-delà de cette construction binaire. Afin de pouvoir comprendre ces personnes, il faut respecter dès le début cette diversité.
Notre première question ne devrait pas être une question curieuse comme:
“Quelle condition avez-vous ?”
mais plutôt une question rassurante et accueillante
“ Soyez le-la bienvenu-e. Qui êtes-vous? Comment vous sentez-vous?”"
Jusqu'à tout récemment, l'existence des personnes intersexuées était un grand secret, même un tabou. Les parents étaient encouragés à cacher la condition de leur enfant à tout le monde, y compris à l'enfant lui-même. En présupposant que la normalité est préférable à la diversité, et aussi pour renforcer les mœurs hétérosexuelles, la profession médicale s'est attribué le droit et le devoir de "normaliser" ces enfants, aussitôt que possible après la naissance, leur attribuant un sexe qui soit le plus proche des traits prédominants (et qui soit facile pour eux à fabriquer).
La plupart de ceux qui déterminent les protocoles médicaux ne les voient que comme un tissu corporel et ils ne comprennent pas que quand il est question de leur identité et des personnes qu'elles sont, il est question de leur esprit. Et malgré leurs "bonnes" intentions, le statut d'autorité des médecins a fait plus de mal que de bien aux personnes intersexuées. La plupart d'entre elles ont eu l'impression d'être un monstre tout au long de leur vie au lieu de se sentir uniques, valorisé-e-s, respecté-e-s et aimé-e-s.
C'est quelque chose que nous pouvons et que nous devons changer.
Les intersexué-e-s font face à beaucoup de difficultés psychologiques et affectives dès la petite enfance et cela depuis longtemps. Quel que soit le choix de traitement, celui-ci devrait être complété par un accompagnement (couselling) respectueux, intégrant les questions de sexualité dans toute leurs dimensions, et respectueux de la diversité tant face à l'enfant que face à la famille.
La tradition de garder le secret et de faire de l'intersexuation d'un enfant un sujet tabou perturbe gravement le développement affectif de la personne intersexuée et constitue un fardeau pour toute la famille. Cette tradition a pour conséquence que beaucoup d'intersexué-e-s ne découvrent leur histoire et leur condition que beaucoup plus tard dans la vie, qu'ils sont souvent tous seuls sans personne pour les aider à la comprendre et à l'accepter, ce qui les éloigne souvent de leur famille, quand ça ne les fait pas éclater. De plus, les chirurgies souvent multiples perturbent le développement sexuel et endommagent la capacité de la personne à vivre une vie sexuelle pleine une fois adulte. Ainsi les individus concernés sont souvent privés des relations humaines les plus fondamentales.
Nous avons découvert les ravages provoqués par ces traitements et le secret qui les entoure en écoutant les intersexué-e-s eux(elles)-même, en les accueilla