Résistons à tous les sexismes
Par Curtis E. Hinkle, fondateur de l'OII

L’Organisation Internationale des Intersexué-e-s a le devoir de ne pas être indifférente aux ségrégations sexistes. Faire entendre la voix des intersexué-e-s/intergenres qui sont confrontés à diverses et fréquentes réactions de «sexistes» fait partie des actions de base de notre organisation.

Voici les diverses formes de sexisme que subissent fréquemment nos membres intersexe/intergenre:

1) L’idée reçue qu’il ne peut y avoir que deux sexes/deux genres.

Si la nature n’avait prévue que deux sexes, il semble évident que nous n’observerions que deux sexes. Or l’existence en tant que telles des personnes intersexuées prouve qu’il n’y pas si simplement que deux sexes.

Essayer de faire coïncider la réalité de la nature à ce qui n’est qu’un concept arbitraire d’un certain type de société est un jugement de valeur. Autrement dit cette vision revient à nier la réalité du naturel.  Dicter comment doit être la nature est totalement absurde. Le monde naturel existe avec ses très nombreuses diversités et ne se conforme pas forcément à ce que nous souhaitions qu’il soit ou ne soit pas. Prétendre qu’il n’y a que deux sexes est certainement la forme la plus oppressive et la plus nocive du sexisme parce qu’elle rejette l’existence en tant que telle des personnes intersexuées avec pour conséquences désastreuses de les assigner généralement de force à un sexe et à un genre qui ne correspondent pas à leur véritable nature mutilant ainsi leurs corps et leurs personnalités.

2) L’affirmation que les personnes intersexuées subissent une pathologie reste identique au jugement que l’homosexualité était une maladie il y a quelques décennies.

Nous sommes encore classés comme des malades qui nécessitent un suivi médical. Nous sommes rangés dans tellement de différents syndromes génétiques qu’il est généralement très difficile d’analyser ce que nous avons en commun.  Nous même nous devons nous convaincre qu’en fait nous n’avons à souffrir que d’une différence et non d’une maladie.  La connaissance de notre différence est généralement définie par ceux qui n’ont vraiment que très peu de compréhension de ce que peut signifier de vivre avec des corps non conformes aux normes d’une société sexiste.  La pression exercée par ces normes est tellement intense que nous sommes souvent accablés par la honte et un complexe d’infériorité profond.  La pathologie est dans notre société, pas chez nous. Les stéréotypes rigides de genre ne sont pas naturels. Ils nous sont socialement imposés et sont employés comme armes contre nous de telle sorte que les personnes dites normales se trouvent légitimées pour exercer une pression permanente à notre encontre. Le statut de normalité est un des éléments les plus oppresseurs de notre société.  Essayer de combattre ce statut à certains accordé et son utilisation oppressive semble presque impossible. Hommes et femmes exercent leurs privilèges de normalité sacralisée pour nous opprimer.

Nous avons le devoir de parler contre tout cela car il n’y a pas que les personnes intersexuées qui subissent les conséquences des définitions de normalités homme/femme.  Beaucoup d’autres personnes dans le monde en subissent les conséquences aussi.  Nous devons parler par nous même de notre existence, ce qui aura pour conséquence d’aider efficacement les autres personnes aussi.  Nous devons contester les protocoles médicaux qui conduisent à la mutilation de nos corps et à la pression exercée par la société à nous attribuer un vrai sexe.  En fait, il y a autant de vrais sexes tous différents les uns des autres qu’il y a d’individus.

Nous, et seulement nous, pouvons déterminer notre «sexe réel». 

3) Le rejet des personnes intersexuées qui s’identifient en dehors du binaire.

La plupart des personnes, y compris des personnes intersexuées, affirment que nous sommes tous ou du sexe masculin ou féminin. Non, nous ne le sommes pas tous. Nous pouvons parler de notre expérience personnelle.  Insister sur le fait que nous sommes ou l’un ou l’autre renforce implicitement le sexisme d’un tel concept, qui n’est pas en conformité avec la réalité et de ce que beaucoup de personnes intersexuées ressentent vraiment en eux. En effet, il y a des intersexués qui refusent toutes les catégories binaires car pour eux, ces catégories nient leur existence, leur réalité en tant qu’individu et ne font que renforcer une illusion mythique et simpliste de deux sexes et deux genres.

4) Exclusion des femmes intersexuées des groupes de lesbiennes et autres groupes de femmes.

Beaucoup de groupes de femmes ont une définition très essentialiste de ce qui doit correspondre à une femme. Elle se trouve réduite au fait de disposer d’un vagin dès la naissance. C’est blessant pour beaucoup d’hommes intersexués qui sont nés avec un vagin et se trouve être particulièrement offensant pour beaucoup de femmes intersexuées qui ont été assignées au sexe masculin. Ce concept réducteur revient à définir de manière simpliste une femme comme étant seulement quelqu’un de pourvu d'une petite partie du corps humain.  C’est sexiste et discriminatoire.

5) «Féminophobie» (condescendance à l’égard des comportements et du genre considérés en général comme typiquement féminins).

Beaucoup de groupes ont internalisé le fait que les caractères et comportements du sexe masculin sont plus valorisants que ceux attribués au sexe féminin.  Cette approche stéréotypée existe souvent y compris dans les groupes censés défendre les femmes ainsi que dans beaucoup de communautés de gays. Les personnes devraient considérer féminité et masculinité ni en bien ni en mal. Rejeter une personne parce qu’elle ne correspond pas aux stéréotypes masculin ou féminins qu’elle devrait avoir est une attitude sexiste. Avoir le sentiment qu’être masculin est mieux relève de la misogynie et du rejet d’une grande part du monde naturel. C’est un sentiment pathologique parce qu’il renforce la domination majoritaire des hommes identifiés en tant que tels dans nos sociétés. A l’OII nous voulons davantage d’équilibre et d’harmonie entre les diverses influences  féminines et masculines, y compris pour tous les hommes pour lesquels les comportements et aspects se trouvent être considérés plutôt de nature féminine. Nous ne sommes pas non plus contre l’influence et la place des hommes identifiés en tant que tels. Nous voulons un véritable équilibre. Or la société est encore loin de cet équilibre à notre époque.

6)  La Transphobie est particulièrement blessante lorsqu’elle provient de groupes de personnes intersexuées.

Par exemple : on peut lire souvent sur certains sites d’activistes intersexes: «Les personnes intersexuées ne font pas partie du mouvement transsexuel.  En considérant qu’il y a effectivement des personnes intersexuées qui sont transsexuelles, ce n’est pas pour autant que la très grande majorité de transsexuels sont de condition intersexuée.» L’OII est d’accord avec cela. Cependant, paradoxalement, ces mêmes groupes insistent souvent sur le fait que les intersexués font partie du mouvement Homosexuel et Lesbien.

A l’OII, nous souhaitons une clarification: en considérant qu’il y a des personnes intersexuées qui s’identifient comme homosexuels ou lesbiens, ce n’est pour autant que la très grande majorité des homosexuels sont de condition intersexuée. Etre lesbienne ou homosexuel est une identité qui ne peut se définir que dans le concept de deux sexes et deux genres de possibles. Aussi beaucoup de personnes intersexuées estiment que ce concept binaire ne peut être applicable pour eux-mêmes.

La constante référence au Trouble de l’Identité du Genre (TIG) sur quelques sites d’intersexués peut être très discriminatoire envers les personnes intersexuées qui ont été assignées de force à un sexe qui n’était pas réellement le leur aussi bien par rapport à leur anatomie sexuelle initiale que par rapport à leur identité intrinsèque du genre.

Ce n’est pas parce que certaines personnes intersexuées se trouvent dans la position confortable d’avoir été assignées à un sexe qui leur convient par un certain médecin que les autres personnes intersexuées qui n’ont pas eu cette chance sont pour autant atteinte du TIG. Cette attitude revient à stigmatiser toutes les autres personnes intersexuées qui n’ont pas eu cette chance.

Si une personne intersexuée peut être une lesbienne dans le cadre d’une identité fermement établie dans le concept binariste, alors il devrait être évident qu’une personne intersexuée pourrait être de même transsexuelle. Affirmer que la personne intersexuée qui veut transiter est une malade mentale alors que la personne intersexuée lesbienne ne l’est pas est clairement transphobe.