Femme. Homme.
Elle. Il.

par Lucile Bayre

Ce qu’on peut dire sans trop de bêtises, c’est que  ces deux couples de mots expriment une différence, qui s’établit au niveau sexuel.

Maintenant on peut se poser des questions : ces binômes  de mots expriment-ils la différence entre deux groupes humains distincts, ou bien les deux extrémités d’une échelle de nuance ? Autrement dit, l’interprétation de termes aussi banals que « femme »,  « homme », amène avec elle un regard interrogateur sur la façon dont la différence sexuelle organise l’humanité.

Et alors arrive la question cruciale : qu’est-ce qu’un homme ? qu’est-ce qu’une femme ?
A vingt-deux ans, j’avoue que, en définitive, je ne sais toujours pas. Ce que je sais, c’est que c’est un sujet passionnant -dans tous les sens du terme, hélas.

En effet, c’est passionnant, même au sens premier, car des gens souffrent de la désinvolture avec laquelle on répond aux très importantes questions que j’ai mentionnées. Des gens : la question que vous allez peut-être vous poser sur leur identité portera sur leur genre. « Hommes ou femmes ? » C’est bien ça le problème.

A la naissance de chaque bébé, on note de quel sexe/genre est le bébé. On procède de la façon suivante. On se demande : de quel sexe est-il ? et on répond selon ces critères :  grand pénis-testicules = garçon ; petit clitoris-lèvres-vulve = fille. C’est aussi simple que ça. En fait, on a tellement intégré ces amalgames que les remettre en cause passe pour une idée baroque.

Dans le cas d’un bébé qui échappe à ces deux cas de figure, un bébé de « sexe ambigu », les autorités médicales décident souvent d’assigner à l’enfant un des deux sexes qu’ils ont définis selon leurs critères. Les tristes sbires de la pensée sexiste opèrent ainsi régulièrement des bébés intersexués, ployant la nature pour la conformer à une culture sur ce point stupide. Cela a des conséquences désastreuses pour bien des personnes dont on a supprimé le sexe de naissance. L’autre conséquence, c’est qu’elles sont rendues invisibles.

L’acte chirurgical et la pauvreté du langage renforcent leur invisibilité. L’usage des mots « intersexué/e », « intergenre »  est très peu répandu. Le langage est le véhicule de la culture. Et dans notre culture on pense : « on est soit homme, soit femme ». Ainsi notre société est entièrement fermée aux intersexué-e-s. Avec le mode de pensée qui prédomine, on ne peut ni voir, ni prendre en compte les intersexué-e-s. Si on pensait « on est plutôt homme ou plutôt femme», si on n’assimilait pas le genre au sexe, alors ces personnes n’auraient pas à subir un autre corps que le leur pour vivre dans notre société. Et les trans et intergenres ne feraient plus tant figure d’ovni. Je crois même que de plus en plus de personnes seraient beaucoup plus décontractées par rapport à leur position dans le paysage nuancé de la différence sexuelle.

Ces idées ont cependant du mal à être acceptées. Pourtant, quel est le moins acceptable : tailler dans la culture ou tailler dans les corps ?